Publié sur le site lenouvelliste.ch le 19 décembre 2022 par Olivier Rausis
La force financière de la commune de Val de Bagnes, notamment liée à l’attrait de la station de Verbier, n’est pas considérée comme un frein à la création d’un Grand Entremont, selon les autres communes du district. Mais cela n’est pas pour demain… © Sacha Bittel
Derrière cette question se cache évidemment la problématique des fusions de communes. La comparaison vaut ce qu’elle vaut mais le fait est que, dans les comptes 2021, la marge d’autofinancement de Val de Bagnes (54 millions) est dix fois supérieure à celle des quatre autres communes réunies (2,67 millions pour Orsières, 1,2 million pour Sembrancher, 0,93 million pour Liddes et 0,64 million pour Bourg-Saint-Pierre).
Cette force financière fait-elle donc peur aux autres communes? «Pas du tout», affirme le président d’Orsières Joachim Rausis: «Je dirais même que c’est très positif. Au niveau des collaborations intercommunales qui se développent au niveau du district, à l’exemple de la police, du PDR et de l’Etat-major de conduite régionale, nous bénéficions de cette force financière dans le cadre de la répartition des charges.»
La force financière de Val de Bagnes est positive au niveau du district. Nous en bénéficions dans le cadre des collaborations intercommunales.
Même avis pour le président de Liddes Stève Lattion: «Je vois aussi cela comme quelque chose de plus positif que négatif. Quand on parle de fusion, ce n’est en tous les cas pas un frein. Ce qui fait le plus peur, dans la population, c’est la perte d’identité même si, en réalité, c’est le contraire qui se passe.»
Statu quo ou Grand Entremont?
Au niveau des fusions, après celle entre Vollèges et Bagnes, la nouvelle commune Val de Bagnes calme le jeu. «Nous devons digérer notre fusion et sommes plutôt spectateurs que demandeurs pour l’avenir. D’autant plus que nous ne sentons pas une forte volonté d’aller de l’avant de la part des autres communes», précise le président Christophe Maret. Il reconnaît toutefois que la création, à moyen terme, d’une seule commune pour l’Entremont, avec ou sans Bovernier, ce qui en ferait la plus puissante du Valais (économie, tourisme, hydraulique…), ferait sens. «Mais l’initiative ne viendra pas de notre côté.»
A Bourg-Saint-Pierre, lors d’un vote consultatif il y a cinq ans, la population avait soutenu, à hauteur de 79%, l’idée d’entamer un processus de fusion avec les communes de l’Entremont. Revirement cette année, la municipalité venant d’écrire aux autres communes qu’elle n’était officiellement plus intéressée par une quelconque fusion.
Dommage que Bagnes ne se soit pas approchée des autres communes lors de sa fusion avec Vollèges, on aurait pu avoir plus tôt le Grand Entremont…
«La situation a radicalement changé depuis le vote consultatif. Nous avons désormais les moyens de vivre seuls et avons passablement allégé notre fiscalité. Mais je précise que nous n’avons qu’un seul village, avec des besoins et des frais très modérés par rapport aux autres communes du district», explique le président Gilbert Tornare. Cela étant, il n’est pas fermé à l’idée d’un Grand Entremont, qui serait même la seule solution envisageable à moyen terme. «Dommage, toutefois, que Bagnes ne se soit pas approchée des autres communes lors de sa fusion avec Vollèges, on aurait pu avoir plus tôt le Grand Entremont…»
Pas de fusion intermédiaire
A Sembrancher, la présidente Marie-Madeleine Luy estime que ce sujet n’est pas une priorité pour les habitants: «Le Conseil communal était prêt à se lancer dans une étude de scénarios possibles, mais tout est désormais stoppé à la suite de la communication de Bourg-Saint-Pierre. Le sujet n’est pas brûlant dans la population, mais on constate que l’idée d’une fusion intermédiaire ne convainc pas, alors que le Grand Entremont est bien mieux vu.»
Dans la population, on constate qu’une fusion intermédiaire ne convainc pas, alors que le Grand Entremont est bien mieux vu
Sembrancher n’a pas de soucis financiers et peut se contenter du statu quo, mais la présidente souligne que les forces administratives manquent, surtout face à l’augmentation continue des tâches.
Quant aux communes de Liddes et d’Orsières, elles ont une position similaire à propos de la fusion. Elles sont toutes deux disposées à aller de l’avant dans la discussion, mais aucune démarche n’est prévue à court terme, d’autant plus depuis le revirement de Bourg-Saint-Pierre. Quant au scénario préconisé, celui d’une fusion intermédiaire ne fait pas le poids face à l’avènement possible d’un Grand Entremont.