Publié le 15 octobre 2022 sur le site lenouvelliste.ch par Florent Bagnoud
Depuis sa fusion avec Sierre, Granges a bénéficié de gros investissements dans ses infrastructures. Aujourd’hui, le village attend une augmentation de sa desserte en bus et rêve toujours d’une réouverture de sa gare.

C’était il y a cinquante ans et quelques mois. Le 28 mai 1972, les citoyens de Sierre et de Granges acceptaient à plus de 60% la fusion des deux communes.
Pour la Cité du Soleil, dont le territoire était alors restreint, cette union offrait des possibilités d’expansion non négligeables. Et Granges, qui était en proie à des difficultés financières, y voyait l’occasion de profiter de meilleures prestations sociales et administratives, tout en développant ses infrastructures.
L’espoir d’une réouverture de la gare
Voilà pour le – succinct – rappel historique. Mais aujourd’hui, quelles sont les attentes des Grangeards à l’égard de leurs autorités? Lorsqu’on leur pose la question au détour d’une balade dans le village, une thématique revient presque tout le temps: la mobilité.
«Il faudrait améliorer la desserte en transports publics», nous lance Jean-Pierre Pellaz. Chaque lundi, lui et un groupe d’amis de longue date partagent l’apéritif au Café Industriel. Assis en face, Christian Roh est du même avis. Et pour lui, cela passe par la remise en route de la gare du village, fermée depuis les années 80.
«En plus de faciliter l’accès à Sierre et à Sion, la réouverture de cette gare pourrait renforcer l’attractivité de Granges. A l’époque, les commerces et les services foisonnaient au centre du village. Mais depuis cette fermeture, leur nombre s’est peu à peu réduit. Il faut que la tendance s’inverse.»

Jean-Pierre Pellaz, à droite, et Christian Roh, deuxième depuis la gauche, partagent chaque lundi l’apéritif au Café Industriel avec Claude Pugin, à gauche, et Henri Roh. Tous habitent à Granges depuis des années.
Une desserte pas idéale en soirée
Créée peu après la fusion, l’association St-Etienne a pour vocation le maintien des liens entre les habitants de Granges, mais aussi la défense de leurs intérêts auprès de la commune. Son président, Lionel Zufferey, indique que les questions relatives aux transports publics «reviennent fréquemment à notre association, que ce soit en interne au village ou pour des connexions au réseau régional».
Président de la bourgeoisie de Sierre, Cédric Pugin, lui-même citoyen de Granges, va plus loin. «Ces problèmes de mobilité étaient déjà évoqués au moment de la fusion, et alors même que la gare existait encore. Aujourd’hui, l’amélioration de la desserte des bus est la priorité numéro un.»
Il rappelle que contrairement à d’autres quartiers de la commune, Granges n’est pas desservi par les bus sierrois. «Et les horaires actuels de la ligne régionale entre Sierre et Sion sont peu fournis en soirée. Ce n’est pas idéal, notamment pour les jeunes.»
La commune continue de se battre pour la gare
Alors, qu’en dit la commune? Son président, Pierre Berthod, commence par rappeler que ni la ville ni la société Bus du Soleil SA, qui exploite les bus sierrois, ne disposent de la concession permettant de desservir Granges. «Tant pour les bus urbains que pour la ligne régionale entre Sierre et Sion, l’attribution des concessions est de compétence cantonale.»
Tout comme la réouverture de la gare de Granges, que le chef de l’exécutif sierrois appelle lui aussi de ses vœux. «Il est évident que pour nous, cette infrastructure qui permet de desservir non seulement Granges, mais aussi Grône, Flanthey ou encore Ollon, fait du sens. Nous allons continuer de nous battre en faveur de sa réouverture.»

La gare de Granges a fermé ses portes durant les années 80. Photo Sacha Bittel
Au cours des dernières décennies, plusieurs démarches entreprises en ce sens par la commune ou les citoyens sont restées infructueuses. En 2016, la réouverture de la gare de Granges n’avait pas été retenue par le canton du Valais et l’Office fédéral des transports (OFT), dans le cadre du programme de développement stratégique de l’infrastructure ferroviaire 2025. «A cette époque, il avait été constaté que le rapport entre le coût de cette gare et son utilité ne justifiait pas de remise en exploitation», explique Stefan Burgener, chef de la section Transports publics au Service de la mobilité.
Des perspectives optimistes
Aujourd’hui, le salut de cette infrastructure pourrait venir du projet de liaison câblée entre Granges et Lens, qui fait l’objet de discussions entre le canton et les communes concernées. Dans ce cadre, l’option d’une réouverture de la gare est étudiée par le canton, RegionAlps et les CFF. «La faisabilité de cette liaison câblée est en cours d’étude. Si les résultats s’avèrent concluants, le projet pourrait être présenté à l’OFT», explique Stefan Burgener. Il prévient: «La liaison câblée et la réouverture de la gare de Granges iront de pair. Sans l’un, il n’y aura pas l’autre.»
Concernant les bus, il explique que la desserte du village de Granges sera sensiblement augmentée à partir du changement d’horaire du 11 décembre. Nouveau titulaire de la concession, CarPostal reprendra la ligne Sierre-Granges-Saint-Léonard-Sion à partir de cette date. «Granges est actuellement desservi par 22 liaisons quotidiennes, tant en direction de Sierre que de Sion. Avec le nouvel horaire, ce nombre passera à 37.» Des perspectives optimistes donc, qui auront sans doute de quoi rassurer certains citoyens.
Granges, quartier «oublié» de Sierre?
C’est un commentaire qu’on entend parfois, à Granges. Certains citoyens se sentiraient «oubliés» par leurs autorités. «Nous avons le sentiment d’être la cinquième roue du carrosse. Pour des aspects comme le déblaiement des trottoirs en hiver ou l’entretien des arbres l’été, nous sommes souvent servis après les autres», nous confie un habitant qui a préféré rester anonyme.
Le président de la St-Etienne, Lionel Zufferey, est plus nuancé. «Notre position géographique par rapport au centre de Sierre fait que nous sommes éloignés des services publics. Mais en comparaison aux autres quartiers historiques de Sierre tels que Muraz, Glarey ou Borzuat, je ne pense pas que notre situation soit moins bonne ou meilleure. Je préfère relever les retours positifs comme l’entretien des chemins d’accès au lac, la qualité d’entretien de la pelouse du terrain de football ou la propreté de nos rues.»
La politique d’investissement va se poursuivre
Interrogé, Pierre Berthod assure que les prestations de service public sont équitablement réparties sur tout le territoire, et pour tous les administrés. «Les secteurs les plus densément peuplés sont prioritaires pour certains services tels que le déblaiement des trottoirs. Mais, bien évidemment, aucun quartier n’est laissé de côté.»
Le président de Sierre ajoute que «d’importants investissements» ont concerné le secteur de Granges ces dernières années. «Je pense par exemple à la construction du nouveau centre scolaire pour 12 millions de francs, ou encore aux travaux réalisés dans le périmètre du tennis et du stand de tir à l’arc. Cette politique d’investissement va se poursuivre, avec notamment la rénovation de l’ancien bâtiment de l’école primaire.»