Publié le 27 juillet 2022 sur le site laliberte.ch par Stéphane Sanchez
Marc Fahrni, syndic de La Verrerie, conteste la politique d’aménagement régional imposée par le canton

L’agriculteur Marc Fahrni, syndic de La Verrerie depuis 2011, tape sur la table. Il a annoncé il y a peu sa volonté de quitter le comité de pilotage du Plan directeur régional (PDR) de la Veveyse, en cours d’élaboration. «Je me bats pour la Haute-Veveyse à chaque séance avec le canton», résume l’édile, aussi député. «Je passe pour l’éternel revendicateur. Mais je n’ai pas l’impression d’être véritablement entendu.»
Quel est votre souci?
Marc Fahrni: Mon souci, c’est l’avenir des PME de La Verrerie. Il y en a beaucoup: serrurerie, charpenterie, ferblanterie, entreprise générale, menuiserie, génie civil, torréfaction. Certaines ont vu le jour il y a des décennies dans des fermes, et la politique d’aménagement nous a permis de les mettre en zone mixte ou artisanale dès les années 1980. Certaines ont besoin de s’agrandir et sont maintenant coincées. J’estime que je suis aussi élu pour défendre ces entreprises, qui offrent des emplois locaux et qui forment des apprentis (une vingtaine dans la commune). Elles ne font pas que du neuf: elles rénovent, elles transforment, elles réparent. A mon sens, leur proximité est une vraie valeur, y compris écologique.
Et? Vous n’avez plus de place?
Nous n’avons plus de possibilité d’aider ces PME au travers de notre plan d’aménagement local, en fin de révision. Nos anciens plans prévoyaient bien des zones d’extension. Environ 20 000 m2 nous étaient acquis, çà et là. Mais ces surfaces ne sont plus sur le territoire d’urbanisation du Plan directeur cantonal. Le canton nous les refuse. Du côté du Plan directeur régional, le district n’a droit qu’à un hectare (10 000 m2) pour l’extension des PME installées en dehors des zones de Granges, Semsales et Châtel. Un hectare pour quinze ans…
«Cette situation va créer des marchandages malsains»
Marc Fahrni
Nous avons donc proposé au canton de reporter ces 20 000 m2 dans le Plan directeur régional (PDR), afin de créer une zone mixte près de la gare de La Verrerie, sur le territoire de Semsales. Cela aussi, le canton nous le refuse.
Pourquoi ce refus, à La Verrerie?
La zone ne jouxte pas l’actuelle zone artisanale de l’ancienne usine de La Verrerie, occupée par plusieurs PME. Il y a effectivement 200 mètres de distance. Mais aucune des zones artisanales proposées dans le PDR ne répond à tous les critères du canton. Ailleurs qu’à La Verrerie, cela ne semble pas déranger. C’est l’arbitraire complet.
Le canton nous dit aussi que la Veveyse a droit à 90 000 m2 (9 hectares) d’extension de zone d’activité pour son Plan directeur régional, et que nos 20 000 m2 amputeraient d’autant ce quota. Cela impacterait donc Châtel-Saint-Denis, Granges et Semsales, où sont répartis ces 90 000 m2.
Vous régatez donc contre ces trois communes…
Non, nous demandons 20 000 m2 en plus des 90 000. Ces 20 000 m2 nous étaient acquis, jusqu’au Plan directeur cantonal. Soit dit en passant, 90 000 m2 permettent à peine d’accueillir 8 ou 9 nouvelles entreprises. En quinze ans… Mais le canton n’entre pas en matière. Il considère qu’il y a trop de surface en réserve, surtout en Basse-Veveyse. Et il estime que le développement ralentit.
Et quels sont les atouts de La Verrerie?
La zone qu’on propose serait idéalement placée, à proximité immédiate de la gare ferroviaire. On pourrait rejoindre cette zone depuis l’autoroute sans traverser la moindre localité, en passant par Vaulruz – ce n’est pas le cas de la zone du Désovy prévue à Semsales. A Granges, on nous dit qu’il faudra augmenter les cadences des transports publics. A La Verrerie, le train s’arrête déjà toutes les demi-heures. Et les conditions fiscales sont bonnes – car ces PME paient des impôts et n’exigent pas dix ans d’exonération. Bref, notre idée est pragmatique, logique. Elle a le soutien de notre urbaniste et repose sur l’expérience du terrain, pas sur celle de juristes. Et je pense qu’elle mérite d’être considérée – ce qui n’est pas le cas.
Avez-vous mis le problème sur la table?
Bien sûr. Je l’ai dit au préfet et lors des différentes séances de la conférence des syndics, qui chapeaute le PDR. Il est inconcevable que cette planification n’apporte aucun développement à notre commune. Mais pour l’instant, son seul apport se résume à la mise en valeur d’un sentier créé il y a longtemps et à la création d’une piste cyclable sur une route d’amélioration foncière…
Je ne m’appelle pas Don Quichotte et je n’attaque pas les moulins. Je me bats pour les citoyens qui se plaisent chez nous et qui ont fait le choix d’y vivre et d’y travailler. Cela s’appelle tout simplement le respect. Je ne peux pas être solidaire d’un PDR qui va contre cette optique. Sans cette zone d’activité, La Verrerie va perdre des entreprises et de l’attractivité, donc des recettes. Tout ce qui nous restera à discuter, au final, ce sont des clés de répartition des charges ou des recettes entre les communes gagnantes du PDR et les autres. Cette situation va créer des marchandages malsains.
Pour vous, le canton a tout faux…
J’émets de sérieux doutes par rapport à sa politique. En privant les communes rurales de développement, on ne fera que les affaiblir. On nous a encouragés à fusionner, ce qui a généré une multitude d’investissements afin de rationaliser les structures. Le côté pervers de la politique d’aménagement actuelle, c’est que nos infrastructures ne seront pas encore amorties alors qu’elles n’auront peut-être déjà plus de sens. Un grand nombre de communes fribourgeoises vont se reconnaître dans ces propos.
Prenons le cas des écoles: nous avons investi des millions dans un bâtiment, et la récente fusion des cercles conduit à des fermetures de classes. Sans développement, d’autres classes fermeront encore. Et il faut déjà financer des transports supplémentaires vers Semsales pour des enfants qui habitent à deux cents mètres des anciennes écoles villageoises. On va en faire de même en délocalisant les entreprises locales et en créant des pendulaires. Mais la plus belle des économies d’énergie, c’est la proximité.
Le projet de La Verrerie «n’est pas conforme»
En militant pour la zone d’activité de La Verrerie, le syndic demande au canton l’impossible. Autrement dit, «de ne pas tenir compte de la loi fédérale sur l’aménagement du territoire (LAT) acceptée par le peuple à 62%, ni du Plan directeur cantonal approuvé par le Conseil fédéral», réplique Guido Balmer, chargé de communication de la Direction du développement territorial (DIME).
Cette dernière rappelle que Berne a retenu un besoin de 400 hectares de zones d’activités non construites pour le canton. Selon la répartition étudiée par la Promotion économique, la Veveyse dispose d’un quota de 19 hectares à répartir sur son territoire. Dix hectares stratégiques vont à Châtel-Saint-Denis. Le plan directeur régional peut donc définir un peu moins de 9 hectares de futures zones d’activités.
Mais le secteur de La Verrerie, note la DIME, n’est pas conforme «aux critères de la LAT, en termes de développement de l’urbanisation vers l’intérieur, de concentration des zones à bâtir et de limite à l’étalement urbain». Il ne respecte pas non plus les «critères du Plan directeur cantonal», notamment «le quota régional attribué» et «les critères de dimensionnement des zones d’activités».
La DIME estime par ailleurs que le plan directeur cantonal «permet le maintien du tissu économique existant». «Ce qui pose problème aujourd’hui, c’est la création ou l’existence de réserves non construites très dispersées, où il n’existe parfois aucune demande. Si les régions souhaitent disposer de réserves dans les secteurs particulièrement bien situés, il n’est pas possible de créer des réserves partout.»