Publié le 15 février 2023 sur lenouvelliste.ch par Dimitri Mathey
Si la municipalité est unanime sur la vision de capitale suisse des Alpes, le législatif sédunois nourrit des doutes sur les possibles fusions avec Veysonnaz et Mont-Noble. Pour la première fois, les chefs de groupe se positionnent à titre personnel.

Le débat politique est encore en sourdine. Ou à ses balbutiements. Mais il est sorti de son mutisme. Et ce, depuis que le PDC de Sion s’est positionné contre les fusions de Mont-Noble et Veysonnaz. Depuis, les Verts de la section Sion-Hérens-Conthey ont emboîté le pas des démocrates-chrétiens. Les autres partis, eux, restent encore en retrait. Reste que ces deux factions sont politiquement fortes. Majoritaires, même. Au Conseil général, elles pèsent en effet 31 sièges (sur 60).
Sur le papier donc, ces mariages se heurteraient au refus du législatif. Mais la position d’une section locale ne reflète pas exhaustivement celle de ses représentants au Conseil général. Même si elle est rarement contestée.
Si elles ont entrepris cette démarche, c’est parce qu’il y avait un besoin.Bérénice Georges, cheffe de groupe PS
Première échéance en mars prochain
Pour l’heure, aucun groupe du législatif sédunois ne s’est officiellement prononcé sur les fusions. Tous attendent les résultats des commissions dédiées à l’étude de cette question. Mais le dossier, lui, avance.
En mars prochain, les exécutifs de Sion, Veysonnaz et Mont-Noble devront rendre leur «décision stratégique». En clair, ils devront choisir entre abandonner ou poursuivre le processus de fusion. S’ils optent pour la seconde option, la plus probable, le scrutin populaire pourrait s’opérer en juin 2023, selon le calendrier officiel. Entre ces deux échéances, d’ici une année environ, les élus du Conseil général se prononceront sur ce projet. Si leur vote n’a qu’une valeur consultative, il reste hautement symbolique.
Ils se mouillent en laissant les leurs au sec
Face à cet agenda, les chefs de groupes du législatif de la capitale ont accepté de se positionner. Ils le font toutefois en leur nom personnel, sans impliquer les autres élus de leur faction respective.
Alors osons questionner ces mariages. Ou plutôt, ces fiançailles. Au total, trois des cinq chefs de groupe veulent briser l’idylle naissante. Dans le détail, ce sont Patrick Siggen (PDC), Jean-Paul Mabillard (Les Verts) et Vincent Boand (UDC) qui s’opposent, en l’état, au projet.
Les problématiques des stations ne nous concernent pas.Vincent Boand, chef de groupe UDC
Les deux premiers sont donc en adéquation avec leur section locale. «Je partage l’avis de Céline Dessimoz (ndlr: présidente des Verts Sion-Hérens Conthey) selon lequel il faut fusionner avec les communes de plaine. Nous sommes plus proches de Saint-Léonard et de Conthey que de la montagne», note Jean-Paul Mabillard. Du côté démocrate chrétien, on craint des coûts sans bénéfices. «Selon nos informations actuelles, ces fusions n’apportent aucun avantage pour Sion, sinon celui de grandir. Mais ce n’est pas un but en soi. La logique voudrait que le Val d’Hérens s’unisse», relève Patrick Siggen.
Quant à Vincent Boand, il considère que le développement de la capitale passe par la densification de la plaine. «Je ne suis pas l’opposition systématique en matière de fusions, mais je ne comprends pas cette volonté de rapprochement avec des communes d’altitude», appuie l’UDC. «Les problématiques des stations ne nous concernent pas».
Selon nos informations, ces fusions n’apportent aucun avantage pour Sion, sinon celui de grandir. Mais ce n’est pas un but en soi.Patrick Siggen, chef de groupe PDC
Voilà pour les contestataires. Les chefs de groupe Bérénice Georges (PS) et Jérôme Tavernier (PLR), eux, se disent prêts à construire une relation montagnarde. «Sion ne doit pas forcément démarcher les autres municipalités, mais dans les cas de Veysonnaz et Mont-Noble, c’est son devoir de répondre à des communes qui sont demandeuses. Si elles ont entrepris cette démarche, c’est parce qu’il y avait un besoin», estime la socialiste. Son homologue du PLR acquiesce. «Nous ne devons pas les laisser dans l’embarras, il faut défendre l’unité régionale si elle apparaît réellement fédératrice. D’autant que nous partageons plusieurs enjeux, notamment touristiques», ajoute Jérôme Tavernier.
Un débat forcément animé
Si le Conseil général de Sion est parfois critiqué pour sa passivité, ou «son inertie» selon les mots de Vincent Boand, la thématique des fusions promet de raviver les passions. Aujourd’hui, la plupart des groupes sont divisés et le vote pourrait basculer d’un côté comme de l’autre.
Il faut défendre l’unité régionale si elle apparaît réellement fédératrice. D’autant que nous partageons plusieurs enjeux, notamment touristiques.Jérôme Tavernier, chef de groupe PLR
En cas de refus, le désaveu serait immense pour l’exécutif qui se range unanimement derrière la vision de capitale suisse des Alpes. Ce dernier ne serait toutefois pas contraint d’avorter le processus, le conseil général n’ayant pas la compétence d’enterrer (ou d’entériner) une fusion. Il se retrouverait toutefois lâché par son législatif – soit les représentants du peuple – à l’heure de défendre le projet devant les citoyens. Un fait rarissime.
Bref, ce vote sédunois sera capital, à tous les égards. Et il sera le fruit d’un débat encore en sourdine. Ou à ses balbutiements.