Fusions de communes

Vers le hold-up du siècle ?

Depuis quelques années, la « fusionite aiguë » a saisi nos autorités. Ce qui était au départ, une bonne idée dans quelques cas très particuliers, la fusion de communes, est devenu au fil des années une obsession ridicule aux enjeux nébuleux et une tâche prioritaire..

Les questions posées par une déferlante

Glissement de compétences et processus centralisateur

Dans une majorité de cantons romands – comme ailleurs en Suisse, et même à l’étranger -, une vague de fusions est en train de déferler sur les communes. La vitesse avec laquelle ces changements structurels sont engagés nous fait réagir pour réanimer un débat qui, pour l’instant, est à sens unique, avec pour seule perspective la fusion.  

Ce débat est d’autant plus important qu’outre le flagrant glissement de compétences décisionnelles que ces fusions impliquent et valident, elles accélèrent un processus centralisateur et globalisateur de la société du XXIe siècle qui contribue fortement à en faire un système sur lequel l’individu n’a plus prise et dans lequel toute différence est gommée ou combattue et qui aboutit, par une dérégulation sauvage, à la désintégration des communautés locales.

 

Le débat sur les fusions pose des questions fondamentales sur l’avenir des communautés communales. Celles-ci constituent le premier niveau de la démocratie, c’est-à-dire le premier cercle de notre liberté que nous avons encore la possibilité de façonner. Nous ne devrions pas les brader pour une « poignée de dollars » et la promesse d’une meilleure efficience… bureaucratique. Elles se voient attaquées de front par les tenants de l’efficacité et de la rationalisation avec des arguments et des moyens à la démesure de ce hold-up planifié. Car c’est bien de cela dont il s’agit ici… Sera-ce dans l’indifférence quasi générale ?

 

Alors qu’on peut imaginer tant d’actions à mener pour consolider la résilience des communautés locales dans un avenir conjoncturel de plus en plus chaotique, voici qu’on leur découvre soudain mille problèmes justifiant leur disparition par une solution qui sortirait miraculeusement du chapeau « fusion ».

 

Depuis quelques années, la « fusionnite aiguë » a saisi nos autorités. Ce qui était au départ, une bonne idée dans quelques cas particuliers, la fusion de communes, est devenu au fil des années une obsession ridicule aux enjeux nébuleux et une tâche prioritaire des exécutifs cantonaux. La pression est de plus en plus forte sur les communes pour qu’elles s’embarquent dans un projet de fusion. Celui-ci est aujourd’hui quasiment imposé par un trend de gestion publique lié à un carcan législatif qui pousse  les communes à fusionner.

 

Il existe une litanie standard d’affirmations sur la base desquelles on argumente, sans les expliquer ou les étayer. On nous parle, par exemple, de « masse critique ». Sans aller pour l’instant dans le détail, est-on certain que, dans le futur, ce ne seront pas les entités les plus petites qui s’en tireront, car plus adaptée à une relocalisation nécessaire de l’activité d’une société sans pétrole que personne ne prépare, alors que les grandes agglomérations crouleront sous les dettes générées par leurs rêves d’expansion et les impasses de leur volonté centralisatrice? La masse critique des communes n’est-elle pas simplement le synonyme, en gestion publique, de croissance à tout prix; la volonté acharnée de fusion dont font preuve nos édiles n’est-elle pas le synonyme, en gestion publique, de dérégulation sauvage ?

 

Autre exemple : on nous parle du désintérêt de la population pour la chose publique et de la difficulté à recruter des candidats aux élections communales.

Mais va-t-on augmenter la participation des citoyen(ne)s en augmentant la taille des communes à gérer plutôt qu’en se demandant pourquoi les gens ne participent plus, ou en réfléchissant aux dysfonctionnement de la démocratie, ou encore en nourrissant le sens civique en valorisant le rôle de la fonction publique comme porteur de la volonté de la communauté locale ?

Les médias, qui ne manquent pas d’emboîter le pas sur ce sujet politiquement correct, deviennent caution d’un mouvement auto-alimenté et  présenté comme inéluctable. De plus, un calendrier « à marche forcée » complète le processus.

 

Avec cette insistance de présenter les fusions comme la panacée à tous les problèmes de nos sociétés à l’évolution anarchique, on fait passer en catimini un transfert systématique des compétences de décision vers l’échelon supérieur : le souverain change de niveau, le peuple exécute et assume les décisions qui lui sont quasiment imposées par l’autorité et par des intérêts économiques peu transparents.