Une petite commune ne construit pas une école ou une route si elle n’en a pas les moyens financiers. Avant de prévoir de nouvelles infrastructures ou de nouveaux équipements, on commence par examiner de près si les anciens ne peuvent pas être remis en état. En revanche, dans les villes ou les gros bourgs, on dépense souvent sans compter, car la capacité financière supérieure facilite des emprunts sans pourtant en garantir le financement à long terme.
Dans une commune fusionnée les conseillers généraux (ne) regarderont moins (pas) à la dépense, ce d’autant plus qu’ils n’ont pas vraiment de comptes à rendre, inconnus qu’ils sont de la plupart de leur concitoyen(ne)s. Qui en voudra et même se souviendra des votes de Pierre ou Paul 5 ans après? Ainsi la fiscalité augmentera toujours, alors que le comité de fusion fait miroiter des économies dans tous les postes sans les chiffrer. Plus une entité est petite, mieux les deniers publics sont gérés. Evidemment cette affirmation un peu péremptoire reste dépendante de la qualité des personnes en charge.
Le nombre des communes serait source de coûts que leur suppression réduirait ? D’un point de vue statistique, avons-nous dit, cela est faux. Grâce aux données d’une étude de nos voisins français de l’Insee, nous disposons d’une bonne base pour comparer les coûts des communes en fonction de leur nombre d’habitants. Si nous traçons la courbe du coût par habitant en fonction du nombre d’habitants des communes on obtient un résultat des plus démonstratifs : le coût par habitant croît avec la dimension de la commune, ce qui signifie que deux communes séparées coûtent moins que la commune fusionnée. Cela a également été confirmé par une étude suisse plus axée sur les communes-villes et les communes-campagne.
Comment expliquer ce paradoxe ? Parmi les raisons invoquées, la moindre: le taux d’absentéisme du personnel croît avec la dimension de la commune et peut aller du simple au double. Les frais de personnel pouvant représenter la moitié du budget de fonctionnement d’une commune, son influence sur les coûts du personnel va donc croissant avec le nombre d’habitants.
Cette raison en amenant d’autres, plus évidentes : la moindre motivation, elle-même liée à un plus faible engagement des élus. Une autre: dans le domaine administratif, il n’y a pas d’économie d’échelle et au contraire des dépenses d’échelle. Ce phénomène a été théorisé dans le cadre de l’analyse de la complexité qui veut qu’une administration génère des communications et des flux entre son personnel et que leur nombre croît avec le carré de celui des employés dans cette administration et non proportionnellement à ce nombre.