Publié le sur le site de paris-normandie.fr par Barbara Huet
Depuis 10 ans, et avec une accélération ces 6 dernières années, de nombreux villages, petites ou moyennes villes de France ont fusionné avec d’autres et sont ainsi devenus des communes nouvelles. C’est le cas de Petit-Caux, issu du regroupement de 18 communes, créé le 1er janvier 2016 dans le nord de la Seine-Maritime. Cinq ans après, comment les habitants vivent-ils cette nouvelle identité ? A-t-elle modifié leur quotidien ?

Être né quelque part, c’est souvent appartenir à une communauté. Et une réorganisation qui conduit à délocaliser son berceau est rarement acceptée de gaieté de cœur. « Penly c’était notre commune, notre identité. Je pense que les gens qui sont nés dans un village, comme moi, doivent vraiment être ennuyés qu’il ait changé de nom », assure Mireille Cacheux. Jean-Pierre, son mari, né à Bracquemont, également englobé dans la commune nouvelle Petit Caux, a été élu à Penly pendant plus de trente ans. Maire au moment du regroupement, le 1er janvier 2016, il a voté en faveur de celui-ci. Pour éviter l’isolement de Penly et « par solidarité envers les autres ». Mais si c’était à refaire, « je ne le referai certainement pas », soupire-t-il.
Mireille se souvient que « tout a été bouclé en six mois ». Depuis, elle fait de la résistance : « Quand on me demande où j’habite, je dis toujours Penly et ça ne changera pas ! » Reste que le couple de septuagénaires a l’impression que sa commune disparaît petit à petit : « Lorsque nous donnons notre adresse à quelqu’un, souvent le GPS ne trouve plus », souligne Mireille. « Sur les prospectus que nous avons reçus pour les élections départementales, seul Petit-Caux est écrit », renchérit son époux.
Répartition des ressources
Ce n’est pas par nostalgie mais plutôt par esprit pratique que Florence et Jean-Philippe Allexandre répondent sans hésiter Belleville-sur-Mer lorsqu’on leur demande où ils habitent : « Petit-Caux c’est trop vaste pour nous situer avec précision », expliquent-ils. Selon Jean-Philippe, « Belleville est devenu un lieu-dit, mais avec une église et une mairie déléguée. » « Pour moi ça reste un village, précise Florence. Nous sommes Bellevillais et pas Petit… Cauxlins ? Je ne sais même pas quel est le bon terme* ! »
Le couple de quadragénaire n’est cependant pas opposé à l’idée de l’union. « On nous a présenté cette réorganisation comme une chance. Rassembler les ressources de tout le monde pour ensuite les redistribuer de façon équitable, nous y sommes évidemment favorables. »
Domiciliés à Saint-Martin-en-Campagne, où est situé l’Hôtel de ville de Petit-Caux, Camille et William lient également regroupement avec meilleure répartition des richesses. Ce qu’ils apprécient. Camille donne en exemple un souvenir de jeunesse : « Quand j’étais petite les enfants de Belleville devaient payer le transport scolaire et pas ceux de Saint-Martin. Aujourd’hui, les inégalités s’estompent et c’est super ! »
Tous se disent satisfaits du maintien des 18 mairies déléguées, qui sont ouvertes au public entre 5 et 35 heures par semaine, selon la taille de l’ex-commune. « Cela permet d’avoir toujours des interlocuteurs de proximité et c’est appréciable ». Même si les démarches apparaissent pour plusieurs habitants, plus compliquées. Ici ce sont les promesses d’un ancien maire remises en question par la commune nouvelle. Là ce sont des interrogations de compétence entre les mairies déléguées et la mairie de Petit-Caux… Comme si les mots « administration » et « nouveauté » avaient, encore et toujours, du mal à cohabiter.
La bonne adresse…
Mireille Cacheux a déjà reçu du courrier avec trois mois de retard : sa lettre était partie se promener dans une commune déléguée… Florence et Jean-Philippe Allexandre ont changé d’adresse sans déménager, beaucoup de rues homonymes ayant du être débaptisées au profit de la voie la plus peuplée. Quant à William, il remarque qu’il existe à petit Caux une rue, une impasse un lotissement et aussi une résidence des Ormes… De quoi tourner un bon moment avant d’arriver à bon port.
Le point le plus délicat du regroupement de communes est sans conteste celui des adresses. Confrontés à des logiciels toujours pas adaptés, on ne peut rien faire. En revanche, on peut mettre toutes les chances de son côté en libellant très exactement son adresse : nom, rue, commune déléguée, code postal, commune nouvelle.
Repères
Le statut de commune nouvelle en France a été créé en décembre 2010. Onze ans et demi plus tard, l’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques) en recense 823. Ce qui représente la fusion de 2 550 communes. Soit une diminution de 5 % du nombre total de commune en France, qui est désormais de moins de 35 000.