Dans le mariage entre Sion et Veysonnaz, l’omniprésence de Nendaz

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Publié le 4 mai 2023 sur le site lenouvelliste.ch par Noémie Fournier

Echanges de courriers entre les autorités, village divisé entre les pro-Sion et les pro-Nendaz, le projet de fusion entre Veysonnaz et Sion dépasse les frontières des deux communes concernées.

«La division sur ce dossier au sein de notre commune m’attriste et me touche, c’est indéniable.» Sur l’estrade de la salle de gymnastique, le président de Veysonnaz se livre. «Le vote passé, je suis convaincu que nous pourrons continuer à vivre ensemble de manière sereine et apaisée», poursuit Patrick Lathion.

La division sur ce dossier au sein de notre commune m’attriste et me touche, c’est indéniable. 
Patrick Lathion, président de Veysonnaz

Mardi soir, une centaine d’habitantes et d’habitants de Veysonnaz répondaient à l’invitation des autorités barloukettes et sédunoises venues présenter le projet d’union entre les deux entités, qu’une votation populaire pourrait venir sceller le 18 juin prochain.

Un village divisé depuis novembre 2020

J’espère que vous n’êtes pas allergique aux métaphores du mariage. On va les filer jusqu’au bout. Prenez la salle. Comme dans une église, deux ailes sont séparées d’une allée. Sans le vouloir vraiment, les deux fronts sont bien marqués. A la droite du président, on semble majoritairement acquis à la cause sédunoise. A sa gauche, on milite plutôt pour les voisins nendards.

Les bancs se répondent, débattent. Parfois entre cousins, souvent entre voisins. On s’écoute, sans s’interrompre, mais sans se comprendre non plus.

Depuis le vote consultatif de novembre 2020, qui devait départager l’avenir de Veysonnaz avec Sion d’avec Nendaz, le village est scindé en deux. Coupé au milieu. Héritage d’un scrutin serré: 33 voix et 10 points d’écart à l’avantage de la capitale.

 

Du côté des pro-Nendaz, on peine encore à digérer le résultat. On regrette une «méthodologie orientée». Et on déplore d’avoir dû se prononcer sans connaître tous les enjeux.

En face, on s’appuie sur la courte victoire mais victoire quand même. On rappelle au passage les fondements de la démocratie.

Ce mardi, l’ambiance est respectueuse. Mais dehors, le climat est tendu. Parfois électrique. Un mail d’insulte anonyme envoyé à un membre d’Ensemble pour Veysonnaz, le collectif opposé à la fusion avec Sion, débouchera sur une plainte. Un autre membre recevait une lettre d’intimidation alors que toutes les affiches du groupement sont arrachées en quelques heures.

Le sujet monopolise les discussions, quand il n’est pas tabou. Oui, la cohésion de Veysonnaz est en péril. C’est que les lectures sont antagoniques. Mariage avec Sion pour certains, le 18 juin sonne comme le divorce d’avec Nendaz pour d’autres.

Jamais deux communes sans trois

On aurait dû compter les occurrences. Les dizaines et dizaines de fois ou le nom de Nendaz était prononcé mardi soir. Oui, devant l’autel, c’est Sion et Veysonnaz. Mais Nendaz est omniprésente. Dans les questions des citoyens. Dans les réponses des élus.

C’est que les tâches régaliennes gérées conjointement entre Nendaz et Veysonnaz sont nombreuses. L’école, la paroisse, le CSI ou la gestion de l’eau. Et toutes les conventions intercommunales seront dénoncées par la commune de Nendaz, en cas de fusion entre Sion et Veysonnaz.

«Aucun accord n’a été trouvé pour le financement équitable des prestations», justifie le président de Nendaz Frédéric Fragnière, avant d’ajouter qu’un calcul estime la valeur de ces conventions à plus de 14 millions d’investissement et 1,2 million de coût de fonctionnement par an. «L’analyse des conventions a démontré que les prestations offertes actuellement à Veysonnaz ne couvraient pas les coûts effectifs. Une fusion vise à supprimer les intercommunalités et il est logique au vu de la capacité financière et des ambitions de la ville, que la nouvelle commune soit à même de fournir à ses citoyens l’ensemble des prestations fixées par la loi.»

Aucun accord n’a été trouvé pour le financement équitable des prestations.
Frédéric Fragnière, président de Nendaz

Du côté de la capitale, on explique que «cette estimation détaillée est arrivée alors que les travaux préparatoires de la fusion étaient achevés. Nous sommes très ouverts à discuter de toutes les conventions qui font sens pour le bien commun mais cela ne pourra se faire qu’une fois la fusion actée», souligne Philippe Varone. «Ces conventions s’inscrivent dans un cadre légal et ne pourront être dénoncées hors de ce cadre», ajoute encore Patrick Lathion. Les deux présidents assurent de leur volonté de ne pas couper les ponts avec Nendaz.

Nous sommes très ouverts à discuter de toutes les conventions qui font sens pour le bien commun mais cela ne pourra se faire qu’une fois la fusion actée.
Philippe Varone, président de Sion

«Du côté de Nendaz, la porte restera aussi ouverte mais uniquement pour les prestations subsidiaires que Sion ne peut pas fournir», précise Frédéric Fragnière.

Des échanges de courriers publiés sur le Net

Entre les trois exécutifs, la tension est palpable. La preuve dans l’intégralité des courriers échangés et publiés sur internet.

On y lit la première prise de contact de Veysonnaz en juin 2020. Elle est suivie de la réponse de Nendaz qui estime que le territoire imbriqué des deux communes, le tourisme, les écoles, la paroisse, les sociétés locales ou les nombreux accords intercommunaux «auraient dû convaincre Veysonnaz que son partenaire désigné était Nendaz».

La dernière missive date de mars dernier. La ville de Sion écrit à Nendaz qu’elle déplore son immixtion dans la campagne. «En se disant ouvert à une fusion avec Veysonnaz dans l’hypothèse où le vote du 18 juin 2023 devait être négatif, votre exécutif cherche à influencer le résultat du vote populaire et il prend position dans une votation à laquelle il ne participe pas.»

Encore six semaines de campagne

Sans participer, Nendaz est au cœur de tous les débats. Au micro mardi soir, une opposante à la fusion regrettait encore de ne pas réaliser un rapport de fusion avec Nendaz aussi, pour permettre à la population de comparer deux projets concrets.

Si quelqu’un s’oppose à ce mariage, qu’il parle maintenant ou se taise à jamais. C’est bien ça l’adage? Les pro-Nendaz optent pour la première option.

Avec des fronts aussi figés, difficile d’imaginer une réconciliation. Du côté des élus de Veysonnaz, on annonce en tout cas qu’un refus dans les urnes le 18 juin prochain appellerait au renouvellement des autorités.

«Le Nouvelliste» invite au débat

Dans sa mission d’information, «Le Nouvelliste» vous invite à deux débats publics consacrés au projet de fusion entre Sion et Veysonnaz. Autorités, citoyens, opposants et défenseurs du projet aborderont les différents enjeux de ce mariage de communes. Le premier est attendu vendredi 12 mai prochain à 19 heures à la salle de gymnastique de Veysonnaz. Le deuxième le lundi 15 mai à 20 heures à l’aula de la Planta à Sion.