L’arrêt du Grand Fribourg annule la manne cantonale de 100 millions. D’autres gestes sont possibles
par Patrick Chuard
Grand Fribourg » De cent millions à zéro… L’aide extraordinaire promise par le Conseil d’Etat pour la fusion du Grand Fribourg s’est évaporée après l’échec du vote consultatif de dimanche. Elle le sera définitivement, si le projet ne débouche sur aucun mariage de communes. Didier Castella (plr) rappelait dimanche que ce geste financier rondelet ne valait que pour une fusion à neuf communes. Désormais, tout dépendra «du périmètre qui sera retenu. Le Conseil d’Etat devra ensuite se redéterminer sur ce montant», déclarait le ministre des Institutions.
Le geste du canton devait se monter précisément à 76,6 millions. Il s’ajoutait à l’aide ordinaire sur les fusions, fixée à 23,4 millions dans le cas d’un Grand Fribourg à 75’000 habitants. «Cette aide extraordinaire est destinée à améliorer des infrastructures qui serviront à tous les Fribourgeois», soulignait Georges Godel, le grand argentier cantonal, lors d’une soirée d’information à Fribourg, le 9 septembre. Encore faudra-t-il que le Grand Conseil et le peuple (consulté obligatoirement par référendum pour toute dépense au-dessus de 38,7 millions de francs) disent oui.
Coup d’arrêt au Grand fribourg
Certains opposants à la fusion jugent aujourd’hui que le principe «pas de fusion, pas de chocolat» ne tient pas. «Si le Conseil d’Etat veut investir, rien ne l’empêche de le faire et les besoins se montent à bien plus de cent millions. Il ferait quelque chose de concret pour l’attractivité du centre cantonal», estime Bruno Marmier, syndic écologiste de Villars-sur-Glâne.
Réalisations concrètes
Et de rappeler que le bas de laine promis n’est pas un «cadeau» aux communes mais qu’il doit servir à des réalisations concrètes. Le 20 août dernier, l’exécutif cantonal listait entre autres le projet Chamblioux-Bertigny, proche de l’Hôpital cantonal, une amélioration et des aménagements dans les transports publics ou encore l’achèvement de l’itinéraire cycliste de la Transagglo.
Pas besoin de fusion pour un soutien: le canton pourrait investir par le biais des agglomérations. C’est ce que suggèrent les députés Sébastien Dorthe (Matran) et Savio Michellod (Granges, Veveyse). «Le Conseil d’Etat prévoit-il de renforcer son soutien financier aux agglomérations?» demandent les deux libéraux-radicaux dans une question écrite déposée lundi.
La loi le permet
«Manifestement la fusion du Grand Fribourg n’est pas la piste que privilégient les citoyens. Le Conseil d’Etat peut quand même ouvrir le porte-monnaie, s’agissant d’investissements utiles», lance Sébastien Dorthe. La nouvelle loi sur les agglomérations (Lagg), entrée en vigueur le 1er janvier dernier, prévoit dans son article 4 que «l’Etat peut accorder un soutien financier (…) pour les mesures d’infrastructures de transports et de requalification des espaces publics, après déduction, le cas échéant, des subventions fédérales et des subventions cantonales prévues par d’autres lois».
«Nous attendons que le Conseil d’Etat nous dise ce qu’il entend faire» Sébastien Dorthe
S’agissant de l’Agglomération de Fribourg (agglo), «nous attendons que le Conseil d’Etat nous dise ce qu’il entend faire», dit Sébastien Dorthe. En août 2020, le Grand Conseil avait décidé de transformer celle-ci en simple association de communes. Un processus sur lequel le Tribunal fédéral est appelé se prononcer, après le recours de six des dix communes qui la composent.
Défauts de l’agglo
Pour l’exécutif cantonal, la création d’une seule commune de 75’000 habitants aurait permis de remédier à certains défauts de l’agglo, qu’il identifiait en 2020 dans son message sur la réforme de la Lagg: «Tiraillé entre la défense des intérêts des communes dont elle dépend et la nécessité d’une vraie politique régionale, le processus décisionnel de l’agglomération s’en trouve souvent ralenti», écrivait-il. Malgré tout, en décembre 2019, le même Conseil d’Etat relevait que l’agglo a «démontré au fil du temps sa capacité à assurer la planification de plusieurs projets d’envergure, en obtenant d’importantes subventions fédérales pour ses projets d’agglomération».
Larges réflexions
L’agglo serait-elle appelée désormais à remplacer un Grand Fribourg mal en point? A l’issue du scrutin de dimanche, Didier Castella n’excluait aucune éventualité: «Le processus du Grand Fribourg peut-il se poursuivre? L’agglo peut-elle être renforcée et travailler de manière plus solide et plus rapide? Les communes sont-elles prêtes à lâcher du lest? Nos réflexions vont être larges.»
Les opposants à la fusion souhaitent en tous les cas que le magot exhibé ces dernières semaines ne disparaisse pas. «Ce ne sera peut-être pas exactement les 76,6 millions évoqués, mais l’Etat a reconnu la nécessité de ces investissements. Nous avons perdu quatre ans avec cette fusion, il est temps de passer à du concret. Les structures existent», souligne Ian Peiry, coprésident de l’association Non à la fusion du Grand Fribourg.