Rue, Ecublens, Chapelle et Auboranges: les détails du contrat de mariage

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Publié le 5 octobre 2023 sur le site lagruyere.ch par Valentin Castella

Plusieurs séances d’information sont proposés aux habitants, avant le vote le 12 novembre prochain.
Photo: Chloé Lambert – archives

Chapelle, Auboranges, Ecublens et Rue ont tenu leur première séance d’information sur le projet de fusion.

GLÂNE-SUD. Ils étaient tous présents, ou presque, mardi à Promasens. Face à une centaine de personnes, les conseillers communaux d’Auboranges, Chapelle, Ecublens et Rue ont ouvert la première des trois séances d’information consacrées au projet de fusion entre les quatre communes. La deuxième est prévue ce soir, la troisième le 11 octobre. Les citoyens se prononceront le 12 novembre.

C’est justement pour se forger une opinion que les habitants ont pris part à cette réunion durant laquelle tous les sujets traitant de la convention de fusion ont été évoqués (La Gruyère du 16 septembre). Ecole, taxes, impôts, aménagement, service à la population, armoiries et même déchetterie et eaux usées: tout a été mis sur la table par le comité de pilotage et sa présidente Micheline Guerry-Berchier.

Les sociétés subsisteront

Habituée à traiter du sujet en ayant piloté d’autres fusions, la cheffe de projet est entrée dans les détails du contrat de mariage, en ajoutant même quelques informations. Comme le fait que toutes les sociétés locales subsisteront, que le total des taxes pour les ménages sera moins onéreux avec la fusion, ou que le nom des villages pourra être conservé en ce qui concerne le lieu d’origine.

Les syndics, accompagnés par François Genoud, président de la commission administrative qui dirige les affaires d’Ecublens, ont ensuite argumenté sur le bien-fondé de cette union. Claude Gremaud (Chapelle) a mis en évidence le «renforcement des synergies concernant les prestations aux habitants». Christophe Jaccoud (Auboranges) a, lui, souligné un point qui est revenu à plusieurs reprises durant la soirée: la dimension que prendrait la nouvelle commune en cas de fusion. Elle deviendrait ainsi la troisième du district en matière de population (2660 habitants). «Notre poids politique s’affirmerait au sein des associations de communes.» Et pourquoi pas favoriser certains projets, comme le développement de la gare d’Ecublens? s’est projeté François Genoud.

La fin des assemblées

A l’heure des questions du public, un aspect a attiré l’attention. Les élus l’attendaient. Il s’agit du remplacement des assemblées communales par un Conseil général. Un habitant a expliqué «que le citoyen aura beaucoup à perdre». Joseph Aeby (Rue) a répondu qu’avec un Conseil général, les dossiers pouvaient être suivis sur le long terme, et que les élus seraient toujours en contact avec la population.

Membre de la commission administrative d’Ecublens, la présidente du Grand Conseil Nadia Savary a complété: «Il s’agit du meilleur outil selon l’évolution de la société et du système politique. De plus, et là j’insiste, l’intérêt personnel n’aura plus sa place au Conseil général. Il est parfois omniprésent dans les assemblées communales, et ce n’est pas sain.» Tout en ajoutant que les citoyens pourront intervenir par référendum s’ils ne sont pas satisfaits par une décision.

Autre inquiétude: l’impact de ce mariage sur la construction de l’école primaire. «La fusion permettra de simplifier les processus, avance Christophe Jaccoud. A propos des investissements, la nouvelle commune bénéficiera de la capacité financière pour assumer tous les projets votés ou en cours dans chaque commune.»

Le commentaire de fusionite.ch

Le Diable se cacherait-il dans les détails du contrat ?

Comme dans tout projet de fusion, revoici venu pour Chapelle, Auboranges, Ecublens et Rue, le temps des séances d’information. Si l’on ne devrait que se réjouir de tels rendez-vous pour la population, la forme qui leur est donnée (et qui est dictée par une stratégie affûtée) confine quasiment au scandale.

Premièrement, que penser du temps de réflexion laissé aux citoyen(ne)s quand ces séance sont proposées à peine un mois avant la votation populaire? Comment imaginer que les habitants puissent « se forger une opinion » en trois semaines (la quatrième étant généralement consacrée au vote par correspondance) sur la disparition définitive de l’entité qui leur permet de gérer leur proximité et de comprendre les conséquences d’un tel abandon de souveraineté sur leur environnement immédiat. Car, ne l’oublions pas, c’est bel et bien d’un problème de pouvoir et d’autonomie dont il est question et qui se traduit par une dilution progressive de la représentation du citoyen.

Cette précipitation (à l’envers) à caser  le débat et l’information au tout dernier moment avant la décision est stratégique et encore encadrée par une communication savamment orchestrée dont nous parlons souvent sur ce site et dont nous ne tirerons que quelques exemples de cet article concernant la séance de Promasens.

Les sociétés locales: le sujet est sensible, non sans raison. Comment imaginer que dans la « même » commune subsistent, par exemple, quatre choeurs mixtes, quatre ski-clubs, quatre sociétés de gym, etc? A terme une fusion leur sera imposée par la nécessité budgétaire… Laquelle restera ?

Le poids de la « nouvelle »commune: Plus que la taille de la commune, n’est-ce pas le travail, les compétences, la combativité et le dynamisme des élus qui font la différence ? Quelle que soit la taille des communes, la taille critique à atteindre sera toujours supérieure et préparera déjà la prochaine fusion qui ne manquera pas de se profiler dans le futur.N’oublions pas le but avoué du Conseil d’Etat fribourgeois d’arriver à 35 communes pour le Canton (Conférence de presse du 6 juin 2013).

La fin de l’Assemblée Communale: Alors que celle-ci symbolise le lieu de la participation de chacun au système de la démocratie directe, l’assemblée Communale concentre les attaques les plus virulentes des tenants de la dilution du pouvoir citoyen. Généralement composés de quelques dizaines d’élus, les Conseils Généraux censés les remplacer se voient ensuite envahis des consignes partisanes des états-majors de partis travaillant sur des concepts bien éloignés des besoins réels de la population locale.

Remarquons finalement que rompue à la problématique des fusions de communes, Micheline Guerry-Berchier est entrée dans le détail du contrat de mariage ignorant que le Diable s’y cache souvent !

Nous avons parlé des sociétés locales, oublions les taxes qui de toute façon augmenteront et abordons pour terminer le lieu d’origine dont les fribourgeois « ont obtenu » une modification afin d’alléger les réticences envers les fusions. Le nouveau texte devait permettre de conserver entre parenthèses le nom de l’ancienne commune accolé à celui de la nouvelle, contre le paiement d’un émolument. Ce qu’on ne dit pas c’est que ce n’est « techniquement/pratiquement » pas possible, tout simplement parce que les cartes d’identité et les passeports n’ont pas prévu ce cas et refusent ce complément!

Et voilà comment, à un mois de la votation, on entourloupe les citoyens !