Le livre – Résistance

R é s i s t a n c e

 

 

Ce qui précède dans ce livre devrait suffire à nous convaincre que la résistance au phénomène des fusions est indispensable.

 

« Contre » pour l’équilibre

Tant de voix officielles et d’élus se sont prononcés « pour » la fusion avant même les conclusions de son évaluation qu’on peut légitimement se demander si l’affaire a été vraiment « instruite à charge et à décharge », c’est-à-dire qu’on a autant pris en compte les éléments qui militent pour une fusion que les éléments contre.

On nous propose avant tout un projet économique, loin de tout projet de vivre ensemble partagé par une réelle communauté locale. Comme si le politique était définitivement devenu une simple question économique avec ses acteurs producteurs/consommateurs.

Résister est vital lorsque des enjeux aussi cruciaux sont en jeu. Et heureusement, il existe encore des personnes, partageant cet avis, qui gardent la tête froide face à cette mode politiquement correcte, qui analysent la problématique des fusions hors de la pensée unique, qui en ont mesuré toutes les conséquences – non seulement à court, mais aussi à moyen terme -, et qui en ont également acquis une certaine expérience dans leur propre engagement dans un passé récent.

C’est le combat de ces personnes qui ont déjà vécu tout ce processus de fusion et qui ont mené, avec succès ou non, la campagne dans leur commune respective que je désire saluer  ici en leur donnant la parole.

Souhaitons ces exemples motivants et inspirants…

On ne peut plus attendre pour se mobiliser massivement

 

 

Comment ? Que faire ?

 

Analyse

  1. Les fusions de communes, à l’échelle où elles sont menées aujourd’hui, représentent une attaque frontale contre la communauté politique de base.
  2. Les fusions de communes représentent un glissement de compétence décisionnelle vers le niveau supérieur. Ceci est un vrai problème pour qui se préoccupe de démocratie.
  3. La litanie des poncifs (ex : la masse critique) qui servent d’arguments pro-fusion cache en réalité une volonté de dérégulation de la démocratie, dernier obstacle à une dérégulation économique totale.
  4. A cela, on peut ajouter la contribution – qui n’est pas le moindre de ses effets pervers – qu’apportent les fusions au mouvement de concentration en pôles urbains au détriment de la ruralité, ceci au nom de la sacro-sainte « croissance » avec son slogan « toujours plus ».
  5. Face aux problèmes indéniables qui se posent à certaines communes, on pourrait fort bien imaginer d’autres solutions pour aider la résilience de celles-ci.
  6. La maladie des fusions de communes prend la forme d’une épidémie sans vaccin disponible.

 

Résister

La résistance est ardue, la résonance médiatique faible dans certaines régions, la connivence de l’appareil étatique, voire judiciaire, flagrant et avéré, mais les fusions se réalisent de moins en moins facilement. Est-ce déjà trop tard ? Au contraire, un nombre croissant d’éléments peuvent faire penser qu’il encore temps d’inverser la tendance.

De nombreux exemples nous montrent que résister n’est pas une chose aisée. La pression pour l’acceptation des fusions de communes est énorme, l’entonnoir législatif – nous l’avons vu – est en place et se renforce, le travail de réflexion, d’explication et de conviction encore nécessaire auprès de la population demande du temps. Pour des raisons évidemment différentes, les promoteurs des fusions disent aussi qu’il faut « laisser le temps au temps », que « les fusions s’imposeront d’elles-mêmes ».

Mais la nécessité du combat contre ce hold-up anti-démocratique et croissanciste est si fondamental qu’une pédagogie de lutte est indispensable. Ce livre devrait y contribuer par l’argumentaire que nous y avons abordé et nous allons conclure par quelques exemples de résistance, dont la force d’inspiration a été convaincante pour en initier d’autres, même si le succès n’a pas toujours été au rendez-vous.

L’exemple a été donné il y a bien quelques années par la commune tessinoise de Cadro.

Rappelons encore une fois son vécu.

Cadro, une commune resplendissante au Tessin, avec une économie saine et bénéficiant d’une bonne gestion devait être absorbée par Lugano en passe de se centraliser et de s’étendre. Les conséquences n’étaient pas que de nature politique, mais touchaient aussi les affaires publiques et le domaine institutionnel qui souffre du fait de la mondialisation économique; il y a donc une certaine confusion politique et éthique. Le canton du Tessin a décidé une nouvelle loi qui lui donne le droit de modifier la structure des communes en les fusionnant et ainsi d’en diminuer le nombre. Un des aspects les plus controversés de cette loi est le droit d’obliger une commune à fusionner, même si elle s’y oppose (fusion obligatoire). La loi offre une grande liberté d’action aux autorités en imposant des procédures obligatoires sans possibilité de recours. La population ne peut plus que se prononcer de façon consultative et ne détient donc plus le pouvoir décisionnel.

Cadro refusa dès l’abord cette procédure de fusion avec Lugano, ordonnée par le canton. La population remit au gouvernement cantonal une pétition, déposa un recours auprès du Tribunal administratif cantonal et finalement une plainte auprès du Tribunal fédéral. Le résultat en fut éclatant. Malgré la liberté d’action octroyée à la nouvelle loi, le résultat de la votation de la commune dut être respecté. Les citoyen(ne)s et citoyennes avaient clairement dit non, malgré une propagande soigneusement orchestrée par les partisans de la fusion et malgré l’annonce d’avantages fiscaux. La défense de l’autonomie de Cadro fut remarquable et démontra clairement comment les habitants ont pu sauver leur commune grâce aux instruments de la démocratie directe.

Organiser la résistance !

L’indignation personnelle n’est cependant pas suffisante pour réussir à garantir le refus dans les urnes. Un travail de conviction des citoyens doit chaque fois être entrepris pour contrer la machine pro-fusion qui bénéficie de tout le soutien de l’officialité.

Les populations touchées ont cependant la capacité de trouver en elles-mêmes les ressources nécessaires à ce travail. Des exemples surgissent régulièrement dans les lumières de l’actualité et les résultats qu’elles obtiennent sont spectaculaires si l’on compare les moyens mis en œuvre.

Au terme de cet ouvrage, nous voudrions juste suggérer quelques points d’action qui ont semblé communs à tous les citoyens qui se sont mobilisés contre la fusion de leur commune.

 

  1. Créez un comité et contactez les opposants des communes voisines.

Organisez-vous en comité contre la fusion dès que l’idée d’une fusion est lancée dans votre commune. Dès qu’un projet de fusion vous touche, sondez vos voisins et discutez pour vous organiser en comité d’opposition et répartir les tâches. On n’est jamais trop, ne négligez personne. Le travail est important. Les retraités ont du temps, les femmes ont un réseau, les agriculteurs et les indépendants ont des ressources, les jeunes et les étudiants ont la connaissance des réseaux sociaux. Ne vous dites pas « on a bien le temps, on verra ça plus tard ». Le temps passant vite, on se retrouve soudain à la veille de la votation en s’apercevant qu’il y a plusieurs choses qu’on n’a pas encore faites.

Si vous connaissez des opposants dans l’une ou l’autre des communes qui sont en train de fusionner, prenez contact avec eux pour savoir comment cela se passe chez eux et demandez-leur si vous pouvez utiliser leurs moyens de lutte tels-quels ou en les adaptant. Faites de temps en temps des rencontres du comité d’opposition des communes concernées et organisez si possible une résistance commune.

 

  1. Créez un site internet

Aujourd’hui, la communication passe prioritairement par Internet, pour un groupe d’opposants diffuser de l’information par ce biais est primordial (« inéluctable »).

  • L’Internet permet une présence permanente de votre opposition,
  • Votre information est disponible n’importe où, en tous temps,
  • Elle peut être mise à jour rapidement et reste réactive à l’actualité.

Pour vous inspirer, pour prendre des contacts, pour d’autres conseils consultez les sites d’opposants aux fusions, par exemple :

  • http://www.belmont-broye.net/
  • https://www.fusionite.ch
  • http://www.fusion-non.ch/
  • http://www.non1071.ch/
  • http://www.non-fusion.ch/

 

  1. Distribuez des tous-ménages

Les tous-ménages servent à faire connaître localement votre mouvement par un manifeste et à donner un canevas de vos arguments.

Idéalement, il faudrait en distribuer au moins deux. Un en début de campagne pour vous faire connaître « officiellement » et donner corps à l’opposition au projet. N’oubliez pas d’y indiquer un moyen de contact et l’adresse internet de votre site pour fédérer l’opposition. Un deuxième  quelques semaines avant la votation avec un développement plus détaillé de toute votre argumentation.

Pour vos tout-ménages, vous pouvez vous inspirer des documents suivants en les adaptant à votre propre situation :

  • http://www.non1071.ch/files/1412951861-tout_menage_rivaz-283.pdf
  • https://www.fusionite.ch/Bulletin.pdf
  • http://www.belmont-broye.net/TM2def.pdf

 

  1. Affichez votre opposition

Débusquer les opposants pour les contrer avant le vote aux urnes est une tactique bien connue des COPIL et de leurs conseillers. S’afficher en tant que tel est donc à double tranchant, mais selon nous, « assumer » est bien moins compliqué ! « Sortir du bois », mener un combat contre les autorités n’est évident pour personne, surtout si l’on n’est pas un personnage public, mais il est très important pour la crédibilité qu’on vous accordera de vous afficher sans vous cacher derrière l’anonymat. Signez vos tracts. Posez des affiches et prenez la parole dans les séances d’information. Chaque action stimulera ceux qui hésitent encore… dans un sens ou dans l’autre, alors préparez-vous bien et surtout : Osez!

Le courage est contagieux !

Prenez la plume ou votre clavier d’ordinateur, écrivez aux journaux !

Si vous voulez vous exprimer avec des placardages de taille, utilisez des surfaces ou des terrains qui vous appartiennent ou sollicitez des sympathisants.

 

  1. Allez à toutes les séances d’information.

L’information des citoyens est un point faible de toutes les fusions. Profitez d’en tirer le maximum et notez ce qu’il manque (ou qui est passé sous silence) pour en extraire votre argumentation et nourrir vos questionnements. Vous pourrez les partager ensuite sur le net.

 

  1. Recueillez les articles de presse parlant de fusions de communes et des finances de celles qui vous concernent, et aussi de ce qui se passe dans les communes déjà fusionnées. Ce sont bien entendu des sources d’information inspirantes qui vous seront utiles pour rédiger vos propres documents.

Dans le même esprit, toute la « littérature » officielle doit bien entendu aussi faire partie de cette collection, de façon à toujours avoir sous la main la lettre des textes authentiques.

 

  1. Faites une demande assez tôt aux autorités communales pour pouvoir insérer votre propre argumentation dans le matériel de vote. Si vous êtes constitués en un comité d’opposition vous pouvez faire valoir ce droit, mais sans garantie qu’il soit accordé. S’il est refusé ne manquez pas de le faire savoir ! Compensez par une autre action…
  2. Soyez conscients que votre action/position est clivante dans les communes du projet. Il ne s’agit pas d’en rajouter dans le fossé qui peut se creuser au sein de la population.

Ne cherchez pas à imposer vos idées à quelqu’un qui n’en voudrait pas. En le faisant, vous risqueriez d’être accusés d’avoir amené la division dans la localité, alors que s’il y en a une, ce sont les promoteurs de la fusion qui en sont à l’origine.

Menez une campagne contre la fusion et non contre les personnes ! Viendra de toute façon de nouveau un temps où il faudra vivre ensemble et refaire communauté, quel que soit le résultat !

  1. Boycottez les sondages, les boîtes à idées ou les suggestions sur la fusion. Ces demandes n’obtiennent souvent pas de réponses ou commentaires en retour. Avec les sondages, ils sont là pour que les autorités puissent se faire une idée de l’état d’acceptation de la fusion. Ils l’apprendront bien assez vite dans l’urne.
  2. Votez et faites voter ! Mobilisez-vous pour ce jour important. Appelez à voter ! C’est le seul moyen de savoir ce que vous souhaitez, vous et vos concitoyens.