En refusant de fusionner avec Veysonnaz, la population de Sion désavoue ses autorités

Publié le 18 juin 2023 sur le site letemps.ch par Grégoire Baur

 

Les Sédunois ont nettement rejeté le rapprochement entre les deux entités. Ce refus constitue un nouveau revers pour les autorités de Sion, qui ambitionnaient faire de la ville la capitale suisse des Alpes, afin de «défendre une réalité régionale alpine dans le débat politique suisse»

Les habitants de Sion ont refusé, ce dimanche, d'unir leur destin avec celui de la commune de Veysonnaz. — © David Wagnières // www.david
Les habitants de Sion ont refusé, ce dimanche, d’unir leur destin avec celui de la commune de Veysonnaz.
© David Wagnières

La tension est aussi palpable que l’odeur de raclette alléchante. A quelques encablures du départ des installations de remontées mécaniques, à l’orée de la forêt, le collectif citoyen qui s’oppose à la fusion de la commune de Veysonnaz avec celle de Sion attend les résultats avec fébrilité. Dès 13h30, les premières indiscrétions arrivent en provenance de la capitale valaisanne. Elles sont confirmées à 14h: le mariage des deux entités ne se fera pas. Si la population de Veysonnaz a accepté l’union à 55,4%, celle de Sion l’a rejetée par un sec 62,15%. La tension fait place à l’émotion. Les larmes coulent sur les visages. Une femme résume le ressenti général: «On peut dire merci à Sion.»

De tous les scenarii possibles, celui qui sort des urnes ce dimanche était le plus inimaginable. D’un côté Veysonnaz, un peu plus d’un kilomètre carré et quelque 600 habitants, et de l’autre la capitale du canton, l’une des communes les plus riches du Valais. Pour tous les analystes, si la fusion ne devait pas se faire, le refus serait venu de Veysonnaz. Car, si au travers de cette votation, le village de montagne choisissait son avenir, à Sion, l’intérêt semblait modeste. Pourtant, en filigrane de ce vote, se cachait un enjeu de poids pour la capitale valaisanne: l’accueil qu’allait donner la population à la volonté des autorités de faire de Sion la capitale suisse des Alpes.

Afin d’avoir «un rôle renforcé sur le plan national», Sion espère en effet rassembler les communes avoisinantes, et ainsi renforcer son «rôle de moteur du Valais». Selon les contours imaginés, Sion pourrait, à terme, devenir l’une des dix plus grandes villes de Suisse, abritant quelque 90 000 habitants. Elle s’étendrait, dans la plaine du Rhône, d’Ardon à Saint-Léonard, et engloberait le coteau de la rive droite (Ayent, Arbaz, Grimisuat et Savièse) mais aussi les vallées latérales de la rive gauche que sont le val d’Hérens et Nendaz.

Des revers qui s’accumulent

Mais depuis la présentation de ce projet, en 2020, les revers s’accumulent. Au mois de novembre dernier, la commune de Vex, porte d’entrée du val d’Hérens, s’est prononcée en faveur d’une fusion, mais avec les autres communes de la vallée plutôt qu’avec Sion. Les relations se sont également extrêmement refroidies avec Nendaz, qui s’est sentie trahie et mise de côté lorsque Veysonnaz, avec qui elle partage tout ou presque, a choisi Sion en vue d’une union. Désormais, il faut y ajouter la décision de la population sédunoise de refuser la fusion avec Veysonnaz.

«Au vu de tous ces éléments, nous espérons que le projet de capitale suisse des Alpes est mort», indique Raphaël Zuchuat, membre du mouvement citoyen «Non au Grand Sion». Derrière lui, les opposants sédunois à la fusion célèbrent leur victoire, attablés sur une terrasse du cœur de la capitale valaisanne. Pour eux, le résultat de ce dimanche est un message clair lancé aux autorités. «Sion ne doit pas continuer à s’entêter à vouloir récupérer d’autres communes, comme celle de Mont-Noble, lors de la prochaine législature, insiste Raphaël Zuchuat. La population ne veut pas fusionner avec des communes de montagne, elle l’a démontré aujourd’hui.»

Abattu, Philippe Varone, le président de Sion, reconnaît l’échec subi ce dimanche par l’exécutif sédunois. Mais cela ne remet pas en question les aspirations de sa commune. «Le projet de capitale suisse des Alpes n’est pas un projet de fusion, mais de collaboration. Nous voulons montrer qu’ensemble on est plus forts et que l’on peut ainsi défendre une réalité régionale alpine dans le débat politique suisse», souligne l’élu libéral-radical. Et d’ajouter: «L’échec du jour démontre la nécessité de convaincre sur ce projet. Nous devrons mieux expliquer cette intention stratégique à la population.»

Vers une fusion avec Nendaz?

Quant à l’avenir de Veysonnaz, il s’inscrit au singulier. Mais pour combien de temps? Trop petite, financièrement faible et faisant face à des difficultés toujours plus grandes pour trouver des élus, la commune ne semble pouvoir survivre qu’au travers d’une fusion. C’est en tout cas l’avis de son président, Patrick Lathion. Le mariage se fera-t-il avec Nendaz? «C’est quelque chose d’envisageable», répond le chef de l’exécutif barlouka. Mais il ne portera pas ce projet, lui qui a annoncé son retrait pour la fin de l’actuelle législature, fin 2024.