

Est-ce une nouvelle stratégie de fusionneur ou n’est-ce que l’expression de la totale naïveté d’une partie de la jeunesse bacounie ? Les médias valaisans nous ont appris récemment qu’après avoir milité ardemment contre la fusion avec Sion, le groupe « NonFuSion » de Vex retourne sa veste et se reconvertit en « Hérens Demain » chantre d’une nouvelle « mégafusion », celle du Val d’Hérens. Son refus de la fusion avec Sion, n’était pas un rejet de la fusion, mais un rejet de Sion comme grand avaleur de communes périphériques. Autrement dit, la peur du grand méchant loup sédunois a totalement occulté pour ces jeunes ce qu’il y a de pervers dans le processus de fusion.
Ce revirement pourrait sonner pour certains comme une nouvelle confirmation de l’inéluctabilité de la solution fusion pour les communes, non seulement valaisannes d’ailleurs. N’y a-t-il déjà plus rien à sauver dans l’institution communale ? Les concitoyens de ces nouveaux adeptes de la fusionnite, et eux-mêmes, ne méritent-ils pas qu’on se préoccupe de la dilution de leur identité et de leur autonomie dans une nouvelle entité politique qui s’inscrit magnifiquement dans la stratégie du Conseil d’Etat ?
Car celle-ci commence à payer. Alors que dans le reste de la Suisse, seuls Neuchâtel et Vaud connaissent encore un militantisme réellement affiché de leurs autorités cantonales pro-fusion, le Valais fait encore le forcing pour réduire sa structure communale, comme le confirme maintenant la nouvelle Constituante. Celle-ci prétend réduire les districts à 6 pôles urbains dont la ville principale est destinée à terme à absorber son « environnement naturel » au sein d’une nouvelle entité administrative forte et efficace.
Croyant défendre ce que voudrait subtilement leur voler les promoteurs des fusions, ces jeunes préparent la suite et travaillent déjà pour l’Etat en préparant une fusion du Val d’Hérens, dont Sion finira par ne faire qu’une bouchée, quand elle reviendra pour la Xeme fois, avec l’aide de ses consultants, prouver à tout ce beau monde, après quelques années et de nouveaux renoncements, que la fusion c’est le progrès inéluctable de la nouvelle gouvernance du bien public.
En effet, dans ce combat, les stratèges de la gouvernance ont réussi à détourner l’attention des citoyens de ce qui est réellement en jeu : la souveraineté. Ce mot, qui n’est pas grandiloquent dans notre esprit, désigne l’exercice du pouvoir, sur une zone géographique et sur la population qui l’occupe, par la population qui l’occupe. Autrement dit, il en va de la liberté des gens. Aujourd’hui la question posée n’est subtilement plus « Acceptez-vous de déléguer votre pouvoir ? », mais « A qui voulez-vous déléguer votre pouvoir ? ».
Il est indéniable que les vraies questions doivent trouver des réponses, mais pas au prix d’une disparition de ce qui est le socle d’un système politique que beaucoup nous envient… encore. Il ne s’agit pas d’être dogmatiquement contre les fusions de communes, mais de comprendre les véritables enjeux.
Ainsi, dans tous processus de fusion, on évite de débattre en profondeur sur ce qui ne va pas dans la commune et qui nécessiterait d’imaginer des solutions, et on passe directement à la question de savoir « avec qui fusionner ? », sautant à pieds joints au-dessus de la question centrale du « pourquoi fusionner ? ».
Ainsi, à peine l’information est-elle donnée à la population qu’une étude de faisabilité est en cours (« qui n’engage à rien » bien sûr !), que celle-là est, par exemple, déjà invitée à imaginer un nom pour la nouvelle commune pour laquelle des armoiries ont déjà été concoctées. Ni vu, ni connu, on enchaîne…
Aujourd’hui la question posée n’est subtilement plus « Acceptez-vous de déléguer votre pouvoir ? », mais « A qui voulez-vous déléguer votre pouvoir ? ».
Ainsi, dans l’agitation des divers projets du Val d’Hérens, le débat s’est concentré autour d’un choix entre Sion, Nendaz et d’autres communes du Val d’Hérens. Et, naïvement, les jeunes de Vex, emportés par leur « victoire contre Sion », se tournent maintenant vers leurs amis des communes hérensardes. Mais l’ambition qui anime le vaste mouvement de fusion reste pour l’heure de créer six « pôles de développement » entre la source du Rhône et le Léman… et les communes, actuelles ou fusionnées, n’auront de répit que jusqu’au jour de leur prochaine fusion prévue. Il ne faudra pas longtemps « aux élus des niveaux supérieurs » pour convaincre les habitants du Val d’Hérens, dont la fusion est maintenant souhaitée par NonFuSion devenu Hérens Demain, qu’une population de 6’000 âmes n’a pas d’avenir dans notre monde globalisé et qu’une nouvelle fusion sera devenue nécessaire pour qu’ils puissent « faire le poids ». Et Sion se représentera au portillon, ça c’est sûr !
Pour le Valais, c’est confirmé dans le projet de Constituante.
Et la vague n’est pas prête d’arrêter son déferlement. L’issue, à terme, est déjà connue : un redécoupage complet du territoire selon une logique qui évitera soigneusement une compensation démocratique à chaque étape, car c’est le but de la manœuvre : diminuer drastiquement les niveaux de décision. On dira… par souci d’efficacité. (Et les réformes territoriales sont un sujet non seulement en Suisse, mais à une échelle plus vaste encore chez nos voisins européens).
Les jeunes ex-NonFuSion, malgré leur enthousiasme, se trompent de combat.
Le seul combat qui vaille aujourd’hui, c’est de s’opposer à ce hold-up du siècle qui prétend réorganiser la structure politique en faisant disparaître les communes petit à petit ou par paquets.
Ne nous trompons pas de combat. Défendons nos communes, bec et ongles !