Basse-Areuse, Laténa, Viège, Appenzell AR: La Suisse a connu un week-end vécu très différemment selon qu’on habite à St.Blaise ou Viège, ou encore à Boudry ou à Appenzell Rhodes Extérieures.
Démonstration de la puissance de la communication pro-fusion au profit de communes urbaines (Laténa, Viège) et sensation de grapin évité de justesse dans des plus petites communes, rurales, épargnées temporairement, mais qui ne « perdent rien pour attendre » (Boudry, Cortaillod, Milvignes et celles d’Appenzell Rhodes Extérieures).
Les éternels arguments du porte-monnaie ?
Pour refuser une réduction du taux d’impôts de 11% comme à Enges, il fallait vraiment avoir fait voeu de militantisme religieux pour la cause communale et, donc, en ces périodes délicates pour le porte-monnaie de la plupart d’entre nous, comment ne pas céder comme l’ont fait 97,1% des citoyens de cette commune ?
Mais refuser une augmentation d’impôts de 2% au mois de juin par 65% des voix et accepter, en novembre, la même augmentation et bien d’autres « sacrifices » encore par le même score (66,9%) pose des questions quasi insolubles à St.Blaise.
A moins qu’on analyse soigneusement la stratégie de communication mise en place par le COPIL qui a étouffé efficacement une opposition qui a peiné à sortir du bois, car mal préparée (?).
Déjà l’effet du vécu des conséquences d’une fusion ?
Pour les habitants de Milvignes, aucun argument financier n’était en jeu puisque le taux prévu dans le cadre de la fusion aurait été celui de leur propre commune. C’est donc d’autres facteurs qui expliquent leur refus de se dissoudre dans Basse-Areuse.

L’expérience d’une fusion, déjà vécue en 2013, dans les localités (et anciennes communes) d’Auvernier, Bôle et Colombier, a joué le rôle principal face aux sirènes des promesses constantes et sans cesse identiques des projets de fusion qui se sont suivis. La ruralité marquée des composantes de Milvignes (au nom significatif) explique également l’attachement local fort, révélé par le refus d’une extension dont les conséquences sont déjà connues des citoyens.
L’exemple contraire est donné par La Tène, établie dans un contexte urbanisé depuis des années, dont les racines et le lien local sont plus relâchés pour la plupart des résidants. Ceci s’est d’ailleurs traduit dans les urnes par un taux de participation « très urbain » de 32,7%.
Une présence médiatique difficile de l’opposition
Alors qu’on connaît déjà les positions habituellement « progressistes » des médias actuels sur la question des fusions, l’opposition est souvent débordée par la rapidité de réaction qui serait nécessaire pour s’installer d’égal à égal dans le débat, sans compter que chaque citoyen concerné n’est pas forcément un orateur-né qui puisse faire spontanément le poids face à des politiciens coachés par des conseillers en communication.
Cela provient aussi du fait que la proposition de fusionner, incongrue ou sans actualité pour la plupart des citoyens au moment où on la pose et dont la commune est le cadre de base de leur vie quotidienne, vient brutalement collisionner un concept dont ils avaient perdu la nécessité d’interroger les piliers.
Face à cette déstabilisation des esprits, la machinerie de la fusionnite est engagée depuis longtemps dans un processus planifié, organisé, calculé et orchestré depuis des décennies avec des outils toujours plus performants et psychologiquement actifs.
Nous nous efforçons d’ailleurs de nous en faire régulièrement l’écho sur fusionite.ch, car les fusions de communes sont un des éléments les plus délétères pour la démocratie. Peu s’en rendent encore compte, malgré notre insistance et la lente prise de conscience d’une partie des citoyens.
Ainsi, pour en revenir aux divers votes de ce week-end, cette résistance s’est manifestée très diversement dans les résultats:
A Basse-Areuse, l’opposition, clairement affichée à Boudry, a heureusement bénéficié de la lassitude des citoyens de Milvignes face aux éternels mêmes arguments, pour l’emporter. A Laténa et à Viège, c’est le contexte urbain, vécu globalement, qui a concrétisé le vote positif dans les urnes.
Dans le Haut-Valais, ce fut au détriment de Baltschieder, résolument ancrée dans la montagne, mais finalement emportée par les flots de l’ « information », comme par les crues de l’an 2000 !
Illustration d’une alternative fallacieuse
Finalement, c’est à Appenzell Rhodes Extérieures, qu’on a retrouvé la seule alternative bientôt laissée aux habitants de ce pays: « choisir entre la peste et le choléra », càd choisir entre des fusions imposées d’en-haut (comme le sont la plupart, il faut être honnête!) et des fusions « volontaires » (la plupart du temps proposées par des élus (« aux ordres » ?), ce qui revient quasiment au même…).
La réponse a été cinglante: Laissez-nous encore ce choix !
…(mais on n’est pas naïfs!!)