Parmi les éléments qui ont posé le plus de problèmes aux promoteurs des fusions et mis à mal bien quelques projets, la question du droit de cité et de l’origine a été celle qui a fait couler le plus d’encre.

Exemple  de la “Haute Sorne”. Avec la fusion toute personne et toute famille originaire d’un des sept villages perd son lieu d’origine, remplacé par le néologisme et peu attachant vocable de «Haute-Sorne».

En effet, s’il est un point sensible chez bon nombre de citoyen(ne)s, et particulièrement chez les plus anciens – mais pas seulement -, c’est la question de la modification du lieu d’origine impliqué par la fusion de plusieurs communes. Le changement de la mention de l’origine sur les papiers attestant du droit de cité est une des conséquences de l’adoption d’un nouveau nom pour la commune politique d’où l’on est issu, en cas de fusion.

Cette modification n’est pas seulement littérale, elle entraîne une augmentation « physique » du nombre des « originaires » d’un lieu qui se trouve ainsi étendu aux limites de toutes les communes partenaires et, par conséquent, une redistribution des biens, autant en acquisition qu’en partage.

En cas de fusion, les citoyen(ne)s ne sont plus originaires du village dont leur famille provient depuis des siècles, mais ils prennent l’origine de la nouvelle commune.  

Ainsi les habitants « bourgeois » de Domdidier, ne seront plus originaires de Domdidier, mais de la commune de Belmont-Broye et devront accueillir en leur sein les « bourgeois » de Dompierre, Léchelles et Russy, tous maintenant bourgeois de la nouvelle commune. Bien sûr, inversement ils acquièrent la bourgeoisie de « Dompierre, Léchelles et Russy ».

Cette perte de l’origine « primaire » qui peut sembler anodine, est considérée par certains comme une perte d’une partie de leur identité, et a eu une importance notable, voire primordiale dans le refus de certaines fusions.

Pour parer à l’avenir ce genre de « mésaventure », plus que pour régler le problème d’identité que pose ce genre de modification, des députés se sont empressés, autant au niveau fédéral qu’au niveau cantonal de demander un changement de la loi sur les fusions. Ceci a même déjà été approuvé récemment par les Grand-Conseils dans le canton de Fribourg et Neuchâtel (2012). Mais comme toujours en  matière de fusion, traiter un problème dans l’urgence n’amène jamais un résultat très intelligent, alors que dans ce dernier canton l’art 59a sur le droit de cité mentionne le nom de l’ancienne commune d’origine suivi, entre parenthèses, du nom de la commune issue de la fusion, à Fribourg on a fait exactement l’inverse en mentionnant entre parenthèses le nom de l’ancienne commune accolé à celui de la nouvelle… et tout ceci, bien sûr, contre le paiement d’un émolument. L’ajout sera réalisé sur demande dans un délai de deux ans après la fusion.

Et, tout aussi certainement, cela nous prépare une belle pagaille lorsqu’il faudra harmoniser tout ceci au niveau fédéral. Et je ne parle pas de la « traçabilité », chère aux gestionnaires, ni du fait qu’on est « originaire de… » dès le jour de notre naissance et, pour nos générations, à ce jour donné la nouvelle commune n’existait pas… Pas grave ?