Les consultants: serial fusionneurs payés par « leurs victimes » ?

Dans le contexte du vote pour ou contre Basse-Areuse et Laténa… un article bienvenu, mais qui vient alors que beaucoup ont déjà voté

A quelques jours du scrutin pour ou contre Basse-Areuse et Laténa, Arcinfo se fend d’un article sur les sociétés de consultants qui foisonnent et « accompagnent » les municipalités dans leur démarche de fusion.

« Enfin ! » dira-t-on, car le rôle moteur de ces discrètes officines est rarement mis en avant dans le public et encore moins analysé dans les succès ou insuccès des fusions de communes.

Et pourtant, derrière chacune se tient un cabinet de conseil dont le mandat est de fournir tous les outils adéquats pour faire aboutir le projet. Leur contribution est primordiale et devenue indispensable à tout projet de fusion. Ce marché, que d’aucuns ont déjà flairé comme étant le jackpot ultime, car financé par les deniers publics, représente aujourd’hui le plus grand gisement de rentabilité dans une restructuration politique qui n’a d’égale que ce que fut la mondialisation économique.

(Sans doute ne serait-il d’ailleurs pas superflu de rendre les élus attentifs au retour de balancier qui s’amorce déjà dans l’économie suite à la prise de conscience initiée par le Covid !)

Une manne tirée de nos impôts

En effet, chaque fusion représente des centaines de milliers de francs dépensés pour s’assurer les services de ces « experts du fonctionnement communal ». Pour Laténa, on parle d’une dépense de près de 400’000.- CHF, alors que pour Basse-Areuse les premières évaluations parlent de 150’000.- CHF.

Ces dépenses recouvrent généralement l’étude de faisabilité (toujours positive, sinon le mandat serait interrompu!!), l’élaboration de la stratégie de fusion, les analyses financières et la mise en place des divers outils de communication, des sondages aux cafés citoyens en passant par les « séances d’informations ».

L’ampleur et la durée de l’engagement de ces « sociétés de conseil » dépend des communes engagées, mais une routine est d’ores et déjà enclenchée depuis les déclarations velléitaires et législatives de plus en plus de cantons, apeurés d’être laissés pour compte dans la concurrence qui les oppose au niveau fédéral, elle-même encouragée par quelques Professeurs d’Université.

Des arguments sans variations

En effet, l’aspect théorique de ces réformes territoriales a été consolidé depuis des dizaines d’années de tentatives plus ou moins réussies. Il existe maintenant toute une littérature, peaufinée à  chaque nouvelle étape, permettant de mettre en place ce que nous, nous appelons « le hold-up parfait ».

En effet, malgré les nombreuses polémiques, jamais ou très rarement on n’aborde frontalement ce qui est abandonné pour rendre le mariage désirable. Oui, on parle « finances », taux d’impôts. De ça, on parle beaucoup, car c’est souvent l’argument massu pour emporter la mise dans les urnes: chaque fusion est la promesse d’impôts allégés, promesse qui ne dure que ce que durent les roses… Et encore, si l’on creusait encore davantage l’aspect financier, on se rendrait rapidement compte que « l’aide financière » promise par le Canton (et que nous finançons par nos impôts!) ne sert qu’à embellir le budget de la première législature. Ensuite, le calcul de la péréquation étant refait, on se rend compte (souvent)que l’on devient contributeur et que l’on perd le soutien accordé localement aux petites communes qui, dès lors, se retrouvent réellement marginalisées.

Une « neutralité » oublieuse de la démocratie

Tout cela, les « experts » des fusions le savent très bien. Mais on ne sacrifie pas la poule aux oeufs d’or sous un prétexte « bassement » démocratique. D’ailleurs, on ne s’en cache même plus, d’une structure politique autonome avec un exécutif et un législatif (le plus souvent encore l’Assemblée communale à laquelle chacun peut participer) et des services, il ne restera bientôt plus que quelques élus… pour combien de temps ?

Quand Violaine Blétry de Montmollin, présidente du Copil de Neuchâtel-Ouest affirme que  les consultants apportent une garantie d’indépendance dans le contexte de fusion, on ne peut qu’éclater de rire.

Quelle neutralité dans les débats ces serial fusionneurs de communes apportent-ils , alors qu’ils sont payés pour faire aboutir les fusions dont ils ont la charge ? Quelle neutralité, alors que la communication mise en place vise l’acceptation par les populations du regroupement communal souhaité ?

Quelle neutralité ressort-elle d’un texte tel que celui-ci ?

Et un retour de balancier qui n’attendra pas longtemps pour se produire

La réalité, au bout du compte, c’est qu’une fois les fusions actées un retour arrière n’est plus possible et qu’il faudra faire avec dans le futur.

On se souvient principalement des promesses concernant le taux d’impôt qui finit inexorablement par remonter, mais aussi le niveau des salaires ou les remerciement d’employés communaux et, surtout, la représentation et la proximité des élus dont les préoccupations se politisent et s’éloignent.

Alors quand « un homme en cravate », que personne ne connaît, vient présenter le résultat d’un sondage sur la fusion de votre commune, sachez que c’est vous qui le payez « pour vous plumer ».