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Les fusions de communes : le hold-up anti-démocratique et croissanciste parfait ! (2) - Fusions de communes

Réaction de M.Jean-Louis Reymond, Jongny

Suite à la publication de notre article dans le journal Moins! 

Bonjour,
Pourtant aussi attaché à votre ligne politique, je suis finalement de l’avis contraire de celui de Bernard Hugo. En effet, que voilà de sa part un magistral argumentaire qui envoie en l’air la fusion des communes dont le corollaire devrait être la démonstration du bienfait d’une atomisation en mini-unités politiques de nos grandes commune, donc de nos villes plus particulièrement. Résultat : Immobilisme et incompétence, nécessité de tout mettre dans le pouvoir de l’Etat pour coordonner la vie publique.

Je trouve dès lors qu’il s’agit  ici d’une confusion d’échelle de communauté politique et que ce combat est celui pour les communautés de quartier, de hameau ou de villages que rien n’empêche d’exister. Mais le problème pour les petites communes politiques est qu’elles sont inévitablement et toujours plus réduites dans leur pouvoir à cause de l’intercommunalisme obligé par des questions d’échelle optimum pour assurer rationnellement le fonctionnement de la société contemporaine. Peut-on imaginer revenir dans toutes nos  communes- villages à une école à 9 degrés, aux corvées de voirie, à un corps de sapeurs-pompier avec des charriots, à l’individualisation de tous les services techniques, administratifs et culturels ? Bien sûr que c’est irréaliste.

Aussi, assistez une fois à un conseil communal d’une entité de moins de 2000  hab., d’abord vous serez quasiment le seul représentant du public, puis vous serez édifié de façon concrète sur le peu de pouvoir et d’autonomie  de gestion sinon de pouvoir d’orientation politico-sociale de ces micro-entités politiques qui se disent et se revendiquent le plus souvent farouchement “apolitiques”.

Ces assemblées sans vues ni initiation politiques, car en effet sans représentation proportionelle de parti, sont souvent fidélisées par des agapes et des sorties récréatives que leur accorde le pouvoir exécutif. Je ne parlerai pas de la représentation de l’exécutif municipal dont les  membres sont également “apolitiques”, comme sorti du chapeau de quelque milieu occulte ou se sont autodésignés et sans programme. Drôle de démocratie.

Tout me semble donc militer  pour des fusions permettant de créer des entités politiques avec une représentation démocratique proportionnelle .

Un contre-point sur votre article ? Je trouverais vraiment intéressant de lire un développement de votre part sur ce sujet que je crois porteur. Avec mes compliments pour votre engagement et votre travail. Bien à vous. Jean-Louis Reymond à Jongny.

 

Réponse à M.Jean-Louis Reymond

Merci de l’intérêt que vous avez porté à l’article que j’ai soumis au journal Moins !

A vous lire, ma première réaction est de me dire que, certainement, « la ligne politique » de la décroissance aurait besoin de plus de réflexion et de clarification si elle aboutit à des prises de position aussi diamétralement opposées que les nôtres (sur ce sujet). Car, en parcourant vos arguments,  il me semble bien être confronté aux mêmes thèses dont nous sommes abreuvés depuis trop longtemps sur un sujet aussi fondamental que la restructuration de la cellule de base de la société démocratique (car il ne s’agit de rien moins que de cela dans la problématique qui nous occupe).

Si je peux souscrire au corollaire que vous prêtez à mon « magistral argumentaire », celui-ci est malheureusement trop rapidement suivi de nombreuses affirmations qui ne peuvent être traitées comme des axiomes.

En effet, une certaine atomisation en mini unités politiques me semble une perspective intéressante pour garantir une société résiliente, appelée à durer dans le respect de chacun. Mais en quoi, l’immobilisme et l’incompétence seraient-ils les caractéristiques de ces petites unités politiques ? Où est la démonstration de ces affirmations, à prime abord gratuites ? Il semble plutôt, en effet, que les petites unités soient, par essence, plus dynamiques car plus simples à activer (sans rouages de transmission), que la lourdeur et la complication vient au contraire du volume et de la quantité, qui demande alors, effectivement, plus de compétence de gestion.

Votre affirmation concernant la confusion d’échelle que vous voyez dans ma défense des « petites » communes, n’est, sans doute, que la conséquence de votre volonté – comme celle de beaucoup – d’imaginer plutôt des solutions pour réorganiser la société contemporaine, sans abandonner réellement les principes sur lesquels elle repose : la croissance et la conception économique de ses problèmes. Einstein disait que « Quand on a la tête en forme de marteau, on voit les problèmes sous forme de clous ! ». C’est malheureusement l’état d’esprit qui semble présider à l’obsession des fusions qui déferle sur la Suisse, et par contagion semble-t-il, sur nos voisins aussi.

Confusion d’échelle, encore ? Je ne vois, en réalité, pas laquelle, car, pour moi, la démocratie ne se réduit pas au niveau le plus bas où l’individu exercerait son auto-détermination, mais doit redevenir le point central dont la qualité (d’être central) ne disparaît pas par la délégation de pouvoir. La démocratie est concentrique et pas hiérarchique.

Donner toujours la priorité à l’homme plutôt qu’au système qui contraint sa liberté au point qu’il en devient l’esclave soumis, telle est ma conception.

Peut-on imaginer revenir à une école à 9 degrés, aux corvées de voirie, etc ? On peut en débattre. Je répondrai simplement : peut-on imaginer et souhaiter un monde où l’on mette un lien entre ce que nous exigeons et ce que nous sommes capables d’assumer nous-mêmes sans peser sur les autres ?

Votre description d’un Conseil Communal, sans doute tirée de votre souvenir je vous le concède, est plus que caricatural, mais si les conseils de ce type en sont effectivement à un niveau de pouvoir et d’autonomie déplorables, c’est surtout par le saucissonnage systématique de leurs prérogatives que le niveau politique supérieur leur fait subir à son avantage. Ce dont personne ne se soucie.

Petite remarque au passage, je ne pense pas, pour ma part, que la revendication d’« apolitisme » soit une maladie honteuse, tant il est vrai que la Politique, au sens noble, ne se résume pas à la politique partisane. Sinon, où nous situerions-nous, nous, qui partageons la ligne politique de la décroissance ( !!), elle-même non représentée – pour l’instant ? – par un parti dans notre pays. Je ne vous suis pas davantage sur le terrain d’une représentation démocratique proportionnelle qui serait un argument définitif pour les fusions. Outre la raison citée plus haut, je pense que la démocratie, si elle devait finalement diluer son niveau de représentativité selon vos vœux, devrait assurément être participative plutôt que proportionnelle. Mais ceci est un autre débat…

Pour revenir à notre sujet, s’il vous faut d’autres contre-arguments, il suffit de considérer ce que sont les effets des fusions déjà réalisées. Si celles-ci étaient véritablement la panacée qu’on nous promet, le destin de celles qui s’y sont lancées devrait être florissant, or, au contraire, après une période de transition et d’euphorie qui retient d’abord l’attention des candidats à une propre fusion, il semble bien que les problèmes rencontrés auparavant resurgissent, bien-entendu amplifiés et multipliés par la nouvelle complication (exemples, de tête : Saignelégier JU, Montagny FR, Le Mouret FR, et d’autres). Suite à cela, que la population s’intéresse encore moins au sort de la nouvelle entité, que financièrement la réalité ait tôt fait de rattraper les belles promesses, donne, à ceux qui s’obstinent, un nouvel élan pour dire que la « taille critique » n’était pas atteinte.

Si je milite, en effet, contre les fusions, c’est que je pense que la solution à nos maux n’est pas dans une organisation politique monde qui ne peut se concevoir qu’à l’échelle XXL ; c’est que je pense aussi que les « petites » communes sont le dernier rempart de la ruralité, elle même seule garante de résilience et de durabilité: à vouloir uniquement favoriser les « pôles de développement », on bétonne (au sens propre, comme au figuré) une voie royale à l’urbanisation de notre environnement, donc à sa désertification et peut-être aussi à notre fin.
 
Voilà pour mes réactions à « l’analyse sémantique » de votre message.

Mais je voudrais encore revenir sur les points essentiels de mon article, qui finalement ne parlait pas du tout de « mini-unités politiques », ni de « petites communes », notions qui me sont pourtant bien-entendu sympathiques et sur lesquels vous construisez votre réplique, mais formulait cinq affirmations que je résume encore une fois pour vous :

1. Les fusions de communes représentent un glissement de compétence décisionnelle vers le niveau supérieur. Ceci est un vrai problème pour qui se préoccupe de démocratie.

2. Les fusions de communes, à l’échelle où elles sont menées aujourd’hui, représentent une attaque frontale contre la communauté politique de base.

3. Face aux problèmes indéniables qui se posent à certaines communes, on pourrait fort bien imaginer d’autres solutions pour aider la résilience de celles-ci.

4. La litanie des poncifs (ex : la masse critique) qui servent d’arguments pro-fusion cache en réalité une volonté de dérégulation de la démocratie, dernier obstacle à une dérégulation économique totale.

5. La maladie des fusions de communes prend la forme d’une épidémie sans vaccin disponible.

Bien à vous