Comme nous l’avons déjà souligné lors de précédent éditoriaux – justifiant, s’il le fallait encore, le nom de ce site – les fusions des communes ont pris ces dernières années une tournure véritablement obsessionnelle, s’éloignant de toute logique : le but est de fusionner, peu importe avec qui, peu importe le contexte, peu importe – toujours et surtout – la volonté populaire.

 

A peine une votation passée qu’un nouveau projet vient remplacer celui qui a été refusé ou constitue le nouvel horizon de celui qui a abouti, avec des arguments identiques, adaptés simplement au nouveau cadre, oublieux de la réflexion nécessaire à chaque action humaine, et notamment collective, oublieux du sens d’une démocratie garante de la liberté accordée à l’individu de contrôler le pouvoir de l’Etat, oublieux  qu’une démocratie n’est pas la loi de la majorité, mais la protection des minorités .

 

A peine a-t-on assisté, dans le Canton de Vaud par exemple, au rejet de plusieurs projets de fusion qu’une volée de députés se sont précipités au Grand-Conseil pour proposer de nouvelles recettes qui permettraient d’assurer un vote positif pour les prochaines tentatives ou de tisser un filet juridique contraignant qui rendrait les fusions possibles malgré des votes contraires. Les préoccupations sont les mêmes dans d’autres cantons : ici on augmente le montant de l’incitation financière, là on repousse le délai nécessaire pour en profiter ou là encore édicte de nouvelles règles aux communes tout en leur retirant, progressivement ou drastiquement, les moyens de les respecter. A côté de cela les trompettes médiatiques répètent à l’envi que le processus est inéluctable et laissent croire que tout le monde s’y rallie… et le tour est joué !

 

Nous vous le disons depuis longtemps : à moins de nous montrer fermes dans ce que nous voulons défendre, nos libertés locales – les vraies – ne ressembleront bientôt plus qu’à la portion congrüe dont nous plaignons nos voisins, proches ou lointains, de n’en avoir jamais pu profiter ou de les avoir vu disparaître sous la dictature.

 

La première étape de cette résistance, outre le fait évident de s’opposer aux fusions là où nous vivons, est maintenant d’exiger un bilan, complet et scientifiquement corroboré, de la masse des fusions déjà réalisées. Et ceci non seulement après la première législature qui sert de transition et d’effaceur à toutes les bonnes intentions, mais après deux, trois législatures, une fois la réalité à nouveau ancrée et les problèmes redéfinis. Que sont devenues les communes ? dans quelle mesure les promesses faites ont-elles été réalisées ? quelle est le degré de satisfaction de la population ? qui a gagné, qui a perdu ? les enthousiastes de la première heure ont-ils été confirmés dans leur sentiment ? la fusion a-t-elle réellement participé à un progrès dans la vie quotidienne des gens et dans quelles domaines ? le citoyen a-t-il gardé le contrôle de son environnement immédiat ? et d’autres encore…

 

Il y a beaucoup de questions qui viennent sur le tapis lorsqu’on interroge quelques acteurs de  fusions abouties dans les urnes. Ce qui inquiète et qui confirme nos doutes, c’est qu’un rapide tour d’horizon (actualisé) démontre un fiasco quasi général après le temps de l’enthousiasme naïf et la constatation de la persistance d’une volonté, malgré tout, d’imposer un processus qui porte en lui les germes de son futur échec. Au détriment de la population.