Publié le 25 novembre 2022 sur le site lenouvelliste.ch par Isabelle Gay

Six villages, trois municipalités, une vallée. Demain, Troistorrents, Val-d’Illiez et Champéry pourraient-elles ne former qu’une seule commune? © Héloïse Maret
«On n’en a pas besoin.» «Pourquoi pas, mais cela ne pourrait jamais marcher ici.» «Oh là! Vous vous attaquez à du lourd!» Indifférents, à moitié contrariés ou très attachés à leur propre village, les habitants de la vallée d’Illiez, que nous avons interrogés, ont en majorité repoussé la question d’un mariage à trois entre leurs communes respectives.
Et si la population semble ne pas être pressée à s’unir, qu’en est-il des municipalités? «On n’en parle pas. On n’en a d’ailleurs jamais parlé», témoigne le président de Val-d’Illiez, Ismaël Perrin. «Ni la population, ni les partis politiques, ni la commune. Pour les habitants, tout va bien ainsi, il n’est pas nécessaire de changer.»
Les fragiles collaborations intercommunales
En effet, depuis une dizaine d’années, les intercommunalités fonctionnent avec satisfaction. Ainsi, écoles, polices ou pompiers travaillent main dans la main pour toute la vallée. «Mais attention, ces collaborations peuvent être remises en question à chaque changement de législature», rappelle Corinne Cipolla. «Les intercommunalités sont tributaires des gens en place. Même si le risque de les voir disparaître est minime, il existe toutefois.»
Pour Jacques Berra, président de Champéry, c’est la peur de perdre les acquis qui fait pencher les habitants en faveur d’un statut quo. «Beaucoup attachent de l’importance à l’influence citoyenne sur les budgets communaux, par exemple», explique-t-il. «Pourtant sur un total de 17 millions, avec des services qui doivent être désormais autofinancés, restent 5 ou 6 millions véritablement encore discutés en assemblée primaire.»
La question du timing est aussi posée. Si la vallée promeut depuis cinq ans une seule destination avec Région Dents du Midi (RDDM), née, rappelons-le, grâce aux volontés politiques de l’époque, et si son agriculture s’est également unie pour défendre les produits d’un même terroir avec, notamment, ses magasins de la Cavagne, les remontées mécaniques, quant à elles, n’ont uni leurs destinées qu’en 2020 seulement, et non sans difficulté.

Pour le président de Champéry, la réflexion d’une fusion des communes doit être lancée dans la vallée d’Illiez. ©Héloïse Maret
L’entité Portes du Soleil Suisse (PDS-CH) doit encore prendre ses marques, selon Ismaël Perrin. «PDS-CH n’a qu’une année de fonctionnement et son rapprochement avec Torgon n’est pas encore abouti. Dans ce contexte, la question d’une fusion de communes arrive trop rapidement.»
«Pas imposer, mais convaincre»
Un avis partagé par Troistorrents qui songe toutefois à intégrer cette thématique à son plan directeur à quinze ans. «Le dossier n’est pas mûr», avance la présidente, Corinne Cipolla. «Notre commune est très étendue et une grande partie de son territoire est plutôt tournée vers Monthey. Pour cette population, la fusion avec le reste de la vallée n’est pas forcément évidente.»
A l’inverse, le président de Champéry estime, quant à lui, que la réflexion doit être lancée. «Ce n’est pas un défi en soi, mais je trouverai dommage qu’on n’évoque pas le sujet car la fusion risque, à terme, de nous être imposée ou fortement suggérée.»
Si le processus est engagé, les trois chefs des exécutifs s’accordent, en revanche, sur un point: celui d’intégrer la population à chacune des étapes. «On ne doit pas imposer mais comprendre les avantages pour en être convaincu», ajoute Jacques Berra.
Le non de Monthey et Collombey-Muraz
Tous trois sont également persuadés qu’une fusion permettrait aux villages de gagner en efficience, de professionnaliser les services autour d’une administration unique de 8000 habitants, avec des moyens d’environ 25 millions. «On deviendrait un interlocuteur important auprès des institutions et cela nous ouvrirait des portes, pour de gros projets par exemple», convient le président de Val-d’Illiez.
«On ne peut plus réfléchir seul, chacun de notre côté», ajoute sa collègue de Troistorrents qui a d’ailleurs lancé une étude de stratégie de développement de ses infrastructures publiques en intégrant les terrains des communes voisines dans la réflexion.
Mais la non-fusion entre Monthey et Collombey-Muraz en mai dernier a aussi laissé des traces dans cette réflexion. «Un oui entre ces deux communes aurait pu déclencher quelque chose ici. Maintenant cela prendra certainement plus de temps pour convaincre», conclut Jacques Berra.