L’urgence contre la réflexion

De nos jours, le monde souffre de la suprématie de l’urgence; pression sur le temps de la réflexion, sur le temps du sens, sur l’essentiel et le fondamental. Le temps reste plus que jamais une variable stratégique, et les fusions ne dérogent pas à cette règle. La vitesse fait partie de la stratégie d’acceptation : ces projets qui demanderaient à être réfléchis, mûris, sont souvent menés dans la précipitation, sans participation réelle des citoyen(ne)s, alors qu’il s’agit ni plus ni moins de leur accès au « permis de conduire » leurs propres affaires. Décider sous la pression, est-ce vraiment décider ou est-ce subir les choix des autres ? Cette urgence imposée rend la prise de décision difficile et conduit à la faible lisibilité des conséquences de nos actes.

Les délais de rédaction des conventions de fusion, puis de réflexion pour les citoyen(ne)s – puisqu’ils ne participent quasiment jamais à leur élaboration – sont réduits au minimum, et ne permettent pas à la population le recul nécessaire pour des décisions lourdes de conséquences.

Cette banalisation de l’urgence, symptôme d’une «hyper modernité» qui justifie déjà la mise entre parenthèses d’un fonctionnement institutionnel normal, ne doit en tous cas pas autoriser un organe quel qu’il soit à s’arroger les pleins pouvoir sans contrôle démocratique. La construction artificielle d’une urgence par les autorités permet de se passer de l’aval ou de l’implication du peuple à moindre frais.  Et c’est bien ce qui se passe. De son côté, déplorant le fait qu’il n’existe pas dans le canton de Vaud de plan de fusion au niveau cantonal, le Préfet de Payerne constatait que, devant «le volontarisme» des Fribourgeois en la matière, les Broyards du canton de Vaud devraient cesser de tergiverser. 

Ensuite, une avancée sur un front nourrit l’urgence d’en faire avancer un autre.