On pourrait s’attendre dans un processus comportant un tel enjeu à sentir la préoccupation de l’exécutif (ou du COPIL) – seul acteur de la préparation de la fusion – de garder une ligne objective, présentant le pour et le contre dans l’argumentation soumise à la population et de prendre en compte des avis divergents. Mais c’est tout le contraire qui se passe.
Plutôt que prévenir des questions comme « Quels sont les arguments dans votre analyse qui militeraient contre une fusion ? Comment sont-ils pris en compte ? » les autorités en charge de mener le projet de fusion jusqu’à l’acceptation dans les urnes, minimisent systématiquement tout ce qui pourrait alimenter un avis contraire.
Si l’on en croit l’information donnée lors de la première « séance d’information » du 3 décembre 2013 du projet Belmont-Broye, le seul inconvénient des fusions est « le surcroît de travail pour les futurs conseillers communaux » ! On croit rêver! Soit cela prouve le total manque de sérieux de l’analyse faite, soit, c’est plus probable, cela dénote d’une volonté délibérée d’informer les citoyen(ne)s de manière orientée et pas du tout objective.
Alors dans quelle mesure les oppositions à une fusion sont-elles intégrées à la réflexion ? Poser la question, c’est y répondre: aucune intégration de la population, cela a déjà été cité, et encore moins des avis divergents sur la fusion.
Dans les études – et dans les fusions elle-même -, qu’est-ce qui garantit qu’on « instruit à charge et à décharge », car tant de voix officielles se prononcent « pour », catégoriquement, avant tout travail d’évaluation (syndics, préfets, Conseillers d’Etat etc.)… ? Rien justement! Ce qui est vécu au niveau de l’information des citoyen(ne)s semble prouver que seul les arguments pro-fusion sont pris en compte et mis en avant. L’emballement général des partisans pro-fusion frise le ridicule tant le manque de réflexion neutralisée est flagrant.
Pour garantir les chances d’un vote positif sur la fusion, toutes les astuces sont utilisées et notamment les outils qui permettent d’anticiper les faiblesses du projet ou d’anticiper les oppositions comme les votes consultatifs. Ainsi voici comment le Conseil d’Etat fribourgeois envisage cet aspect de la question et comme il cache mal sa volonté d’imposer les fusions partout où la volonté de fusionner ne s’exprime pas :
« Le Conseil d’Etat rappelle la possibilité d’organiser dans le périmètre des projets de fusion des votes consultatifs, afin notamment d’anticiper les oppositions et d’identifier les éventuelles faiblesses des projets de convention. Il incite toutes les communes impliquées dans un processus de fusion à prendre ainsi l’avis de leurs populations au préalable, afin d’optimiser les chances de réussite des fusions. Il rappelle qu’il se réserve la possibilité d’organiser de tels votes dans les périmètres qui n’auraient pas entrepris de processus dans les délais prévus par la loi relative à l’encouragement aux fusions de communes. »