Le combat linguistique

Qui n’a jamais entendu parler des « éléments de langage » ?

« Souvent élaborés par ou avec l’aide de conseillers en communication, les éléments de langage présentent l’avantage d’assurer une cohérence entre les différents discours qui émanent d’un même mouvement, au-delà de son porte-parole officiel. En outre, ils permettent une répétition qui augmente l’efficacité des arguments soutenus par effet de simple exposition. Ils peuvent en revanche être repérés comme des constructions purement tactiques ou sembler participer d’une forme de langue de bois lénifiante ».

Dans le domaine des éléments de langage qu’on retrouve presque toujours quand on parle de fusions, ou du moins dans la bouche de leurs promoteurs, ce sont des termes comme « inéluctable », (que nous utilisons aussi jusqu’à l’excès pour d’autres raisons !), qui prêtent à penser que toute résistance est vaine, que la messe est dite, voire même que ce qui arrive est de la faute des citoyen(ne)s et que ce qui arrive, ce qu’on nous propose est ce qu’il y a de mieux pour notre bien-être, vu les circonstances et, donc, qu’il est de bon ton de positiver et de s’afficher pour la fusion.

Un aspect très important de la propagande pro-fusion est l’utilisation systématique d’un vocabulaire non seulement volontariste, mais non-neutre dans la présentation du projet à une population censée se déterminer en pesant le pour et le contre de manière objective.  Ce qui est présenté ce n’est pas seulement une stratégie d’alliance pour la communauté locale, mais c’est un combat de David contre Goliath dans lequel la mise va sans hésiter sur Goliath (!). On parle de « mégafusions », de « fusions maousses », de « renforcer le poids de la commune face à … », « être plus forts… », de « la plus grande commune du canton », de « renforcer la gouvernance »… A contrario, les « fusionnettes » sont méprisées et ce dédain censé encourager les autorités communales, et les citoyen(ne)s dans leur sillage, à être « ambitieux ».

Ce qui est recherché ce n’est pas le bien-être, voire – on peut rêver – le mieux-être de la population d’une commune, mais dans une logique toute économique « l’efficacité », le  « professionnalisme », le « renforcement de l’attractivité », …

Dans les médias, des termes comme « le champion des fusions » accréditent le fait qu’une compétition s’est belle et bien  installée entre les cantons et qu’il ne s’agit plus de régler des problèmes particuliers avec la meilleure solution. Parlant des promoteurs de la fusion, on parle de « politiciens éclairés », des « Potions du Docteur Fusion »… ou, lors du vote de la Loi relative à l’encouragement des fusions de communes par une vingtaine de % du corps électoral, La Liberté se permet des termes comme « résultat soviétique » ou « ordre de marche » pour qualifier son adoption en ville de Fribourg

Un autre moyen de ce combat sémantique consiste à positiver l’apport des fusions dans la « nécessaire restructuration institutionnelle » en  prêtant à ses partisans la capacité de « voir plus grand pour s’adapter aux dimensions de la société actuelle ». Flatteuse vision mais attitude passive, censée convaincre.

« Que voulez-vous, c’est le progrès! » équivaut à « C’est un processus inéluctable ! »

L’utilisation d’un vocabulaire délibérément positif et volontariste fait plus penser à la méthode Coué qu’à une analyse objective d’un projet sérieux et grave dans ses implications démocratiques.

Même au sein des partisans des fusions, des critiques fusent pour qui n’est pas un adepte de la grande dimension. On parle de « fusionnette » pour qualifier les fusions considérées comme insuffisamment ambitieuses. On ne veut pas de celles qui compliquent la tâche en multipliant les gens à convaincre. Et l’on sait qu’une personne peut très vite changer d’avis.