Des outils de présentation standardisés sont mis à disposition des exécutifs, afin de faciliter le travail de persuasion des élus locaux envers la population.
L’analyse des documents ou du discours pro-fusion est révélatrice d’une préoccupation constante de diffuser un message « positif » souvent illustré de phrases creuses dont la tournure stylistique ne le concède en rien à la vacuité du contenu.
Pour un enjeu aussi important, les outils de la plus pure propagande sont bien-entendu aussi de la partie. Les promoteurs n’hésitent pas à mêler information et désinformation. Ainsi ce qui est argument pour les uns devient contre-arguments pour les autres. Outil stratégique de la désinformation, asséner le même argument pour prouver exactement le contraire, cela réveille l’algèbre de nos bancs d’école « moins par moins égale plus ».
Petit florilège de désinformation pro-fusion et de démagogie primaire:
Ainsi, contre l’argument que les citoyen(ne)s perdent de leur pouvoir au niveau local, on prétendra au contraire que « …cette fusion a comme but de combler le déficit démocratique » ou qu’ « …avec cette fusion la démocratie retournera à la commune » ou encore que « la fusion n’est qu’une question administrative…».
Ces assertions font éventuellement mouche chez un citoyen dont l’intérêt pour les fusions de communes ou la conscience des enjeux serait lacunaire, mais ne résiste pas une seconde à une analyse objective.
Evidemment, au vu de l’importance de l’enjeu, ce ne sera pas dans l’information distillée par les promoteurs de la fusion, qui devrait aussi servir à une exposition des arguments éventuellement contraires aux fusions, qu’on va trouver ceux-ci exposés si possible de manière impartiale; la documentation n’aura, bien qu’elle ne le devrait pas, qu’une tendance pro-fusion.
Certains médias, des alliés de poids
Pour se faire une idée objective des implications de ce mouvement « inéluctable », le citoyen moyen pourrait se dire que son quotidien régional lui fournira les éléments de réflexion, lui relatera l’état de la situation d’une manière équitable et lui rapportera les faits sans parti pris. Ceci reste à prouver, car malheureusement pour le débat démocratique de la question, les exemples d’une prise de position partisane par les médias officiels sont légions.
Rien qu’avec leur habitude de présenter les propositions ou les projets comme des acquis, certains médias embraient le débat avec le penchant politiquement correct souhaité.
Bien qu’elle s’en défende, La Liberté est l’une des illustrations de la manière dont le « journalisme factuel » contribue en sous-main à la promotion des fusions et à la déconstruction institutionnelle dans son canton.
Voici un exemple de contribution du tabloïd fribourgeois : le mercredi 25 mars 2015, il publie un article intitulé « Un canton à sept communes ou la folle idée d’un ancien syndic ». Déconstruisons à notre tour une variante de la méthode qu’il illustre.
L’article de fond rapporte les propos pro-fusion de Daniel Blanc, ancien syndic d’une commune – Matran (FR)- qui vient de s’exprimer négativement par rapport aux fusions dans une consultation populaire aux urnes. Ce dernier avance la proposition de remodeler le canton de Fribourg sur la base « un district égale une commune », soit 7 communes pour l’ensemble du canton.
Après avoir exposé les raisons qui l’amène à cette proposition, le journaliste la valide aux yeux du lecteur en demandant leur point de vue à diverses personnalités dont le militantisme pro-fusion est notoire, à commencer par la Conseillère d’Etat en charge des institutions dont les plans de fusions qui devraient aboutir à un canton de 35 communes ont été présenté à la presse en juin 2013. Et de citer aussi Bernard Dafflon, ancien Professeur de finances publiques à l’Université de Fribourg qui prônait déjà un canton à 89 communes, justifiant, lui, sa proposition par le fait que les communes sont des réalités laïques, alors que l’ancien espace de référence ce sont les paroisses qui correspondaient mieux à la réalité sociale fribourgeoise. Ensuite, Patrice Borcard, Préfet de la Gruyère, trouve la proposition « pas si saugrenue ». Il s’appuie sur l’évocation par des élus locaux de l’idée d’une union à l’échelle du district. Finalement, pour Nadia Savary, Présidente de l’Association des Communes Fribourgeoises, Daniel Blanc est un provocateur, mais les réformes de la fiscalité des entreprises et la loi sur l’aménagement du territoire ne nous laisse pas d’autre choix que les fusions, dernier argument très souvent invoqué sur le ton populaire « Que voulez-vous, on ne peut rien faire ! » censé couper court à toute ultime répartie sceptique à une analyse montrant encore quelque faiblesse rationnelle.
La mise en page accentue encore cette impression de déséquilibre dans la présentation des positions en présence en mentionnant, dans un minuscule insert sur fond jaune équivalent à environ 1/10 de l’ensemble textuel de l’article, que « Matran sort du jeu » indiquant tout de même qu’il n’y a de loin pas unanimité sur la question, tout en précisant immédiatement que l’exécutif de cette commune « reste convaincu qu’à moyen ou long terme, il s’agira de refaire le point » et se dit « ouvert à entamer toutes discussions constructives ».
On remarque d’ailleurs l’habilité rédactionnelle de La Liberté consistant à battre le fer pendant qu’il est chaud en minimisant la portée d’un échec démocratique dans les urnes en le contrebalançant par une proposition provocatrice qui relance le balancier dans une nouvelle tentative pro-fusion. Ce qui est souvent aussi une caractéristique de la prise en compte de la décision sortie des urnes si elle est contraire à l’avis des autorités.
La relativisation de l’information par la mise en page pourrait faire à elle seule l’objet d’un livre et nous l’illustrerons donc juste par un exemple assez parlant dont le sujet « central » est le vote négatif sur le projet Asse-et-Boiron (VD).

« Echec de 3 fusions », La Liberté du 26.01.2015
À comparer avec l’article du lendemain:
« Le principe de la fusion reste excellent », La Liberté du 27.01.2015
