« Une fusion ne change pas fondamentalement la vie d’un village, mais principalement son administration et son fonctionnement » !? Oh ! Que oui ! si l’on estime qu’il ne s’agit pas d’un changement majeur de perdre un certain nombre de ses prérogatives, que de devoir prendre un véhicule pour se rendre au bureau de l’administration communale, que de devoir réorganiser sa vie familiale en fonction de l’école, etc.

Si on peut éventuellement admettre une facilitation de quelques aspects de l’administration communale ou des services qu’elle peut fournir à la population, il faut aussi savoir que tout cela aura un impact – et pas seulement financier – qu’on aurait tort de sous-estimer.

Une fusion n’est pas du tout une fusion « avant-tout administrative » comme le prétendent les fusionneurs. C’est une fusion politique dans laquelle les petites communes seront minorisées. Avec le temps cette mise en minorité s’aggravera. Elles seront de moins en moins représentées et écoutées. Pour elles, ce sera non pas une fusion, mais une simple annexion.

Pourquoi dans le même temps que l’on encourage les fusions, on définit des « pôles de développements » ? La périphérie paie et participe au développement du plus gros bourg, sans profiter de la « proximité des services » qui s’y déploiera quasi exclusivement. Devinez où se feront principalement les investissements ?

La fusion éloignera les habitants de leurs autorités et amplifiera la panne démocratique déjà conséquente, alors qu’il faudrait resserrer la démocratie et la rendre participative.

Le processus menant au vote est une marche forcée pour empêcher réflexion et débat public. La Convention n’est qu’un contrat de transition et donc un chiffon de papier. Elle assiste le suicide communal sans apporter aucun avantage. Elle ne comporte ni fiançailles, ni clause de retrait. Les citoyen(ne)s se retrouveront prisonniers d’un mariage forcé !

Aucune amélioration de prestation ne peut être garantie ; au contraire, le processus de fusion masque les déficits des prestations sociales de plus en plus reportés sur les individus et les familles.

Après l’euphorie d’un petit cadeau financier initial, les coûts réels risquent de faire crever le plafond des dettes nouvelles du « pôle de développement » dont le remboursement prétéritera les investissements futurs nécessaires en périphérie. L’augmentation des impôts et taxes « inéluctables », après de nouveaux emprunts au nom de la population, viendra s’ajouter au fossé creusé autour de la prétention d’être plus forts. Et à la fin qui paiera ?

 

Une démagogie naïve

Ce qui frappe d’emblée dans les séances de présentations de fusions, et pas seulement les opposants mais de nombreux citoyen(ne)s-auditeurs, c’est la démagogie naïve de celles-ci.

Alors qu’on peut s’attendre à une présentation sérieuse des problèmes (soudain) rencontrés par la commune, de l’analyse de ceux-ci et de leurs paramètres tenant compte du contexte conjoncturel, des diverses possibilités d’y remédier, des enjeux liés à chacune des solutions, des arguments militant pour ou contre chacune d’elles, des conséquences à moyen et long terme de l’option privilégiée, voilà qu’on se prête d’emblée à un argumentaire dithyrambique de « la seule » solution à appliquer à une situation catastrophique que tous ignoraient jusqu’à ce jour.

« Les arguments des partisans de la fusion sont assez lyriques. J’ai lu par exemple qu’une fusion nous permettrait de devenir la plus grande commune du canton. Sincèrement, je m’en fiche. Pas vous ? » Michel

Tout, dans la fusion, est positif, parfaitement adapté aux circonstances et prometteur pour celles à venir qui semblent déjà figées dans le marbre pour des dizaines d’années. D’ailleurs, c’est cette certitude de tenir en nos mains l’outil indispensable pour nous garantir un avenir radieux et prospère qui justifierait de fouler aux pieds quelques libertés locales « qui valent bien ce sacrifice ».

 

Rien ne change, vraiment ?   

On nous dit que rien ne changera réellement. Effectivement de façon visible, chaque maison restera à la même place. D’ailleurs, on le répète partout, dans les séances d’information, dans les brochures d’explication, partout : Rassurez-vous, les adresses postales ne changeront pas ! Ouf !

Dans les choses qui resteront, on mentionne encore « l’apéro entre voisins, la brocante, la Fête-Dieu… » Tiens ! La Fête-Dieu existera encore ? Peut-être même que Noël restera aussi au calendrier, pourrions-nous suggérer à cette ironie.

En fait ce qui va changer, c’est surtout ce qui ne se voit pas ou qui n’est pas physique. Et la manière…

Pour reprendre la main, les fusionneurs nous disent : « Fini l’esprit de clocher ». Mais nous, nous le trouvons plutôt sympathique cet esprit villageois. C’est lui qui fait qu’on se sent bien chez nous et nous  ne voudrions le changer pour rien au monde. Il prouve en tous cas que nous vivons encore à l’échelle humaine, plutôt que perdus dans une agglomération de x milliers personnes qui n’auront pas de vrai attachement à cette commune éclatée et qui seront dirigés de loin par des gouverneurs peu concernés par les soucis de la population.